La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

68 LA REVUE SOCIALISTE M. Burdcau a quelque mauvaise grâce, après avoir cité ces rhiffre& signiflcatit's, à parle1· des risques révolutionnaires. Loin de moi toute déclamation; mais quand on considère la vie de la Banque, n'a-t-on pas le droit de répéter cette parole célèb1·e : "' C'est toujours quand la fortune de la France baisse que les produits de la Banque montent I ii En 1864, le pays traverse une crise monétait·e et commerciale, les profits de la Banque montent à 200 francs. En 187l ils montent à 300 francs, et en même temps qu'elle disfribue à ses actionnaires cette grosse prébende prélevée sur les malheurs publics, la Banque se constitue une t·éservc de 14 millions. J'entends d'ici les avocats du privilège se rappeler les services rendus alors au pays pa1· la Banque de F1·ancc: aussi bien n'aurais-je rien à dire si les bénéfices dont il s'agit étaient rentrés dans la poche du public; mais ils ont été versés et ils sont restés dans la poche des actionnaires. (Trés bien l très bien I à gauche). Youlcz-vous p1·cndre la moyenne des bénéfices de la J3anqu~? Elle excitait déjà en 18ti3, l'indignation de M. Decuing. Le chiffre que M. But·deau nous donne constate une moyenne de 19 33 0(0. Tl est évident que si l'on juge - et avec rnison - le capital de garantie nécessaire, il n'est pas difficile de le rcmplace1· à bon ma1·ché. \'ous trouverez aisement, dans les fonds de la dette flottante t-t dans ceux des caisses d'épargne ces quelques millions et ils vous coùtcront 3 au lieu de 19 0(0. Un simple calcul démontre1·a l'intérêt de cettP transformation. Depuis le 7 février 18'39, le taux de l'escompte est, à la Banque de France 3 010- Je me tt·ompe: on vient de baisse1· ces jours-ci à 2 1J2 0(0. C'est un artifice. familier à la Banque de France. Dès le 16 févric1· ·1888,c'est-à-di1·e à la veille p1·obable d'une discussion pareille à celle d'aujourd'hui, elle abaissa ainsi son escompte; mais, quelque& jours après, quand il y eut ce1·titude que la discussion se1·ait renvoyëe à la législature ~uivante, le taux de l'escompte remonta comme par miracle de} 2 112 à 3 010Je suis donc fondé à dire que, depuis 1889, le taux de J'escompte est de 3 010P1·enons maintenant le bilan de l89l, et déduisons des dépenses que fait la Banque les gros dividendes servis par elle à ses actionnai1·es. C'P.st unesimple règle de trois que feri,it un élève d'école primaire. Le résultat est celui-ci: le taux de l'escompte tomberait de 3 0t() à l 0t0• C'est le crédit gratuit à brève échéance 1 (Applaudissements à gauche). Je sais très bien à quelle objection je vais d'abord me heurter. 11 Vous comptez, me dira-t-on, sans vos hôtes, les actionnaires actuels. » Mais cette objection, un ancien révolutionnaire, Regnault de Saint-Jeand'Angely, le réfutait déjà en 1806. « Il ne faut pas, disait-il, se laisse1· alle1· à cette erreur qui a fait regarder les actionnaires comme ayant la propriété de la Ba,nque de France ... 1< La Banque de F1·ance est une administration publique... Sa propriëté est à l'Etat et au Gouvernement autant qu'aux actionnaires. i, Ce sont là des principes qu'il ne faut pas se lasse1· de rappeler, que nous n'avons pas le droit de laisse1· tomber dans l'oubli. (Applaudissements à gauche). On va sans Joute me rappeler de1, principes à la pratique. On me dira que, parmi les 26,517 actionnaires, il y en a qui ont acheté leurs actions non à rorigine, quand elles valaient de 1,000 à 1,100 francs, mais 4,030, mai& 5,000, mais 6,000.

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