LA LIQUIDATION FONCIÈRE 707 -superbes et ruiner le budget en travaux d'embellissement; ils feront de Paris la parure de la France et l'admiration du monde. Résultat: les propriétaires s'enrichiront, les maisons augmenteront de valeur, les logements deviendront plus chers. Plus le contribuable aura fait de sacrifices, plus le locataire sera frappé. Injuste et cruelle contradiction ! Tout l'effort social aboutit à l'augmentation des loyers. Ainsi, tandis que l'intérêt des capitaµx baisse partout, le revenu des maisons augmente sans cesse.Un père de famille qui, il y a vingt ans, a acheté de la rente 5 1/o, a vu son revenu réduit <l'un dizième, et doit s'attendre, dans un prochain avenir, à une plus forte réduction : le propriétaire qui, il y a vingt, ans, a acheté' un immeuble à Paris, a constamment augmenté ses loyers et les augmentera encore. Ainsi l'activité de la ruche parisienne en travail a pour résultat le plus clair de grossir les revenus du propriétaire. Ingénieurs, industriels, commerçants, ouvriers, artistes, inventeurs suez, trimez, tuez-vous à la peine. L'instinct populaire vous dira le néant de vos efforts: « On ne travaille que pour le loyer», et ce dicton parisien est d'une justesse profonde. Voilà, étudié dans son principe et mesuré dans ses suites, ce qu'est aujourd'hui non pas le droit, mais le p1·ivilège de la propriété. Abusif comme tous les privilèges, inique et révoltant, qui le nierait? Mais il est, par une conséquence logique, antisocial et gros de dangers. Car enfin tout le peuple des producteurs, depuis l'ingénieur jusqu'au manœuvre, peut se fatiguer un beau jour de son rôle de dupe; le~ vilains du XIX• siècle, plus exploités par l'aristocratie privilégiée des propriétaires que leurs ancêtres par la noblesse féodale, peuvent se lasser d'être traités comme<<gens taillables et corvéables à merci 1>. Et que se passera-t-il le jour où l'éternel : Sic ·vos non 1'0bis cessera de leur plaire? Sera-ce l'arrêt complet de la vie sociale? Sera-ce la Révolution, avec ses ouragans et ses tempêtes? Ou tremble de dire qu'un désastre public, un cataclysme général, une convulsion profonde de la société peuvent seuls arrêter dans sa marche ~mvahissante le privilège de la propriété ! Tel est, avec le régime actuel. le vice incurable du système: il ne comporte pas de palliatif et appelle une réforme profonde. Sans doute, ce vice existe partout àdesdegrèsdivers, mais nulle part il n'éclate comme à Paris, où la population s'accroît sans cesse, où les travaux publics ont pris un développement sans exemple. Le mal empire tous les jours, il causera bientôt au corps social des souffrances intolérables: mais il est depuis longtemps signalé par tous ceux qui ont sondé les principes de la propriété moderne et qui en ont suivi le développement.
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