iOG LA REVUE SOCIALISTE Qu'est-ce qui fait la valeur d'un immeuble parisien? c·est, indépendamment du sol et des sommes qu'il a fallu payer à l'entrepreneur et à l'architecte, un ensemble de circonstances auxquelles le propriétaire demeure étranger. Paris e::;t la tète et le cœur d"un grand pays : c'est un foyer intellectuel, artistique, commercial, industriel et politique; c'est le centre de la vie nationale et le produit de toute notre histoire. Paris doit sa valeur actuelle non pas seulement aux travaux de la génération présente, mais encore au labeur accumulé des générations antérieures. Ainsi la valeur d'un immeuble parisien, calculée d'après les revenus qu'il donne, dépend pour la plus forte part du quartier où il est situé, du voisinage d'un Nablissemeot industriel ou artistique, de la facilité des communications, des travaux: d'utilité publique exécutés par la Ville ou par l'Etat. En un mot, cette valeur n'a pas été créée par le propriétaire, qui cependant en profite seul : elle est rœuvro de tous, des Parisiens d"hier comme des Parisiens d'aujourd'hui, l'œuvre de la collectivité tout entière, qui n'en profite pas, et qui, loin d'en profit('r, en souffre. J"entends que, dans nombre de cas, le propriétaire pourra produire un titre d'acquisition rt'.'cente, et démontrer qu'il a payé lui-ml\me, à. beaux deniers comptauts, cette valeur dont il n'a point à rechercher l"origine: qu'elle appartint légitimement ou non à son vendeur, il l'a payée, lui, et il y aurait à l'en dépouiller inj usLice flagran le. Aus i bien faudra-t-il tenir cornpte de cotte situation dans la liquidation finale et le règlement des âroits acquis : n'opérant pas sur une table rase, et repou sant les conseils de la violence, nous serons toujours, plus ou moins, prisonniers du passé. Mais le fait social demeure avec son incal- -culable portée. Or ce fait se perpétue, il se renouvelle, il va s'aggravant ~haque jour. Fatalement, irrésistiblement, par le jeu naturel de l'activité sociale, par l"accroissement de la population, par les progrès do lïndust.rio, par la multiplication des échanges et des relations entre les hommes. par le développement des travaux publics et Lescmbellisscmen ts de la cité, les immeubles parisiens, ponr ne parler quo de ceux-là, sont destinés à recevoir une plusvalue toujours c,•oissante. Cette plus-value, c'est la société qui la créera, c'est le propriétaire qui se l'attribuera tout entière: ainsi le veut le prétendu droit de propriété. Jugeons l'arbre d'après ses fruits, et le principe par ses conséquences. Ainsi les contribuables parisiens vont se saigner aux quatre veines pour assainir la ville; ils vont élever des monuments
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==