L'AME DE DEMAIN 685 ven'\ntes. Nos écrivains, sauf exceptions précieuses mais raillées, ne veulent plus commencer par les incorrectes et émouvantes niaiseries rimées où l'âme qui doit planer un jour tente son essor, tel un oiselet vole_tant, gauche et charmant, au-dessus de son nid. La plupart de ces enfants ·phénomènes sont prodigieusement érudits, ou le pa-raissent, grâce aux manuels. Ils ont dans la tète un échantillon des littératures de jadis et d'ailleurs, et dans le cœur le seul désir de parvenir ; ils lisent l'humanité dans les livres et ne savent même pas noter ce que leur concierge peut leur dire d'intéressant. Ceux qui daignent ençore écrire un rondel ou une ballade s'essayent avec des fausses ingénuités à l'imitation des simplettes histoires de nos premiers âges littéraires ; on dirait de~ bourgeoises, égarées au village, qui tentent de patoiser, manient la baratte en se sauvant ·à la première tache, se garderaient bien de jeter une fourchée de fumier sur le chariot, et, néanmoins, soupirent qu'elles étaient faites pour la vie champêtre. Ils sont dépassés, à ce jeu puéril. par des hordes de Flamands, de Valaques et d' Américains du Sud qui tradui,ent en sabir de banlieue les joliesses amoureuses de Charles d'Orléans. A tout prendre, je préfère ces sots bonshommes aux élégants messieurs qui confisent des psychologies littéraires. Oh! ces bavardages de salon d'enrichis où l'on a lu et cru comprendre des vulgarisations de philosophie allemande, ces trop savantes subtilités qui viennent tout droit de la scolastique du moyen-âge, ces chimies de riens dans de vides cornues cérébrales, connaissez-vous rien d'aussi pitoyable! Le procédé (car toutes les << littératures» ont le leur) est d'une simplicité telle qu'il est à la portée de quiconque, ayant de !"orthographe et deux mille francs devant soi, refuse de métrer des soieries ou de construire des viaducs. On cueille dans le~ vocabulaires les termes de la science et de la philosophie les plus présentables en société, et l'on va de l'avant, on déballe son « moi » ou celui d'un personnage imaginaire. Si, par hasard, un quidam doué de bon sens s'obstine à lire et prétend à comprendre, on foudroie le bonhomme de cet argument c;ans réplique : << Eh I balourd, il faut, pour entendre. un autre intellect que le tien. Ce n'est pas une âme vulgaire comme la tienne que j'ai disséquée, mais celle d'un monsieur « très distingué» dont tu n'approcheras jamais. » L'interpellé ne peut contester : on voit bien, à la foire, des veaux à deux têtes. Seulement, ils sont dans de l'esprit de vin. Mon langage vous étonne, sans doute ; à la tournure de mon esprit, vous deviez me croire plutôt partisan des raffinés jongleurs de la pensée et du mot. Ne vous hâtez pas, cependant, de me taxer de contradiction. Vous le savez, les êtres un peu complexes paraissent illogiques à qui ne sait démêler tous les mobiles de leurs actes ou de leurs dires. Je ne crains donc guère ce reproche, et, pourtant, j'ai tenu à le prévenir. Vous avez pressenti què si je me laisse aller contre
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