658 LA REVUE SOCIALISTE rie d'individus, sur les députés seuls l'attention du public et ces députés siègent surtout à gauche, - on affirme même qu'il n'y a que de ceux-là. La foule, à force d'entendre dire que ces mandataires de la nation sont les seuls qui aient à rendre compte de leurs actes et de leurs opinions sur le Panama, oublie M. de Lesseps, se prend d'un beau mt>pris pour les représentants de la majorité qu'elle confond dans une commune réprobation. Il 11'ya pas à s'y tromper, ce sont les républicains que vise la suspicion publique en éveil; et les journaux de leur parti qui les admonestent dans les termes qu'on a vus, loin d'atténuer aux yeux du pays la gravité des faits qui lenr sont reprochés, ne font que la confirmer. Ils l'étendent même, ce langage coïncidant avec les insinuations et les injures quotidiennement déversées sur la République par les journaux conservateurs. Là est le danger qu'il faut signaler ... Le vin du scandale est tiré, il faut le boire . ... Il s'agit de savoir aujourd'hui, si,pour conserver à la vie politique et à ses profits, quelques traficants de mandats, ou risquera de provoquer la même crise, et de créer à la République le même péril. On ne sauvera pas davantage les coupables,mais on rendra peut-ôtrc irréparable le mal que ces gens-là ont déjà fait, en abusant de la confiance publique. Les marchands de votes et d'appui financiers u'en doivent pas moins recevoir la peine que comporte leur crime. Et je le ré1,ète, pour~ue le châtiment soit juste, pour qu'il soit équitable, il faut qu'il frappe tous ceux qui,à un degré quelconque, ont abusé le public, trompé sa crédulité, contribué à dilapider le milliard, exploit<'.o•n un mot cette fantastique entreprise de Panama, qui est comme le résumé et la synthèse du mode de production et d'enrichissement contemporains ... Donc, quelle que soit la coalisation d'intérêts que le gouvernement républicain trouvera devant lui; la force d'inertie des pouvoirs judiciaires que j'examinerai tout à l'heure, et qui se se fédèrent, eux aussi, pour empêcher de voir au fond de cotte affaire, qui traine depuis trois ans de juge d'instruction au procureur général,dùt-on même braver la colère de certaine presse, il faut que justice se fasse, que la lumière éclaire les recoins les plus secrets de ces ténèbrC's. Pour les gouvernants honnêtes, qu'épouvantent les signes accumulés de décomposition politique et sociale révélée par le Panama, c'est le seul moyen de racheter leurs fautes, de se faire pardonner leurs erreurs et de consolider la République. Gustave RouANET.
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