La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

65! LA REVUE SOCIALISTE ~omplaisances tarifées, dont il serait possible, si on chnchait bien, dans l'antre mystérieux où sont enfermées les écritures, de retronver le chiffre exact. Il serait alors démontré que le parti républicain n'a fait que suivre l'exemple du parti conservateur, en appuyant l'entreprise de M. de Lesseps (je parle bien entendu de ceux qui l'ont fait sans aucune pensée de lucre); mais que le premier ne doit pas supporter seul la responsabilité de la lourde faute commise, et qu'en tous cas, si des influences ont été achetées, si des articles, des discours et des bulletins de vote ont été grassement payés, ce n'est pas seulement dans tel camp politique, qu'on doit espérer les trou ver. Malheureusement le parti républicain est pris dans un engrenage terrible. Pour Yendre coup pour coup aux adversaires de la République et repousser l'assaut furieux dont elle est l'objet, sous le couvert des opérations de Panama, il faudrait faire une lumière éclatante sur tous les aetes de la gestion de la Compagnie. On ne peut établir la participation réelle de chacun dans l'œuvre de dilapidation financière commise, rétablir le bilan des défaillances ùe chaque parti, qu'en s'emparant de tous les éléments d'information nécessaires pour marquer sùremen t toutes les culpabilités. Alors prendrait fin la comédie d'indignation qui se joue depui quinzr jours et serait dévoilée la supercherie à l'aide de laquelle on veut dissimuler les 1,300 millions soustraits an public derril,re les 3, 5 ou 10 millions égarés à la Chambre, exclusivement sur lc.sbancs de la majorité n~publicaine. La lumière, la condamnation impitoyable de tous ceux qui <leprès on de loin ont trempé à un degré quelconque, dans les marchandages de votes dont les couloirs de la Chambre ont été les témoins, - là, et rien que là sont le salut, l'avenir de la République. Mais précisément la Commission d'enquête se heurte de tous côtés à ceux qui ont int6rêt à ce que cette lumière tant désirable ne puisse pas se faire. La presse a ditassez h~utementà M.Brisson ce qu'elle pensait de son puritanisme intempestif. Les journaux républicains l'ont criblé de sarcasmes emboitant le pas aux journaux conservateurs, qui comme le Gaulois ou le Figaro, tout en sommant le gouvernement de faire la lumière ne poursuivaient pas moins le président de la Commission de leurs faciles railleries. Cette attitude de la presse républicaine et d'une fraction du parti républicain a besoin d'être expliquée.

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