La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA VÉRITÉ SUR LE PANAMA 653 bureaux romains, discrédita l'affaire, et Folchi vendit à tom· de bras, de ses granrl:, bras qui ressemblaient à des ailes de moulin à vent, mais qui s'occu- •pai.,nt à moud1:e autre chose que <lu blé. ,Mgr Druon, alors supérieur de Saint-Louis, plus tard défroqué et mort enfin, toucha douze mille francs pom· anèter les ventes. En •France, le clergé ne négligea ·pas cette bonne affaire. Les grands journaux catholiques eurent une certaine réserve dans leurs conseils. Les premiers rôles fui•ent donc joués dans le Panama par des comparses, par des feuilles spéciales, fondées pour exploiter Je clergé depuis l'archevêché jusqu'à la dernière cure de campagne. Des quantités énormes de Panama furent placées, obligation par obligation, rlans la clientèle de ces feuilles au titre mystique. • Un de ces journaux, dont les bureaux n'étaient pas loin du faubourg Montmartre, avait pou1· directeur un repris de justice, failli trois fois, condamné onze fois. Ce gentilhomme rédigeait le 24 octob1·e 1885 un fllet ainsi concu :· (( Souvent les familles, et plus i:pécialemcnt les veuves, consultent le curé de la paroisse sur lcl placement de leurs petites économies. Aucune valeur ne p1•é,;enteplus d'avantages que les actions du Panama ... l\Ie~sieurs les membr<.s du clergé qui voudraient prendre ou faire prenrfre de ces titres feront bien· d'èc1·ire à la direction du joumal, on leur donnera un bon conseil. ~ Plusieurs prètres écrivirent. J'ai eu sous les yeux la réponse du directeur du journal. On prévenait le prêtre que si à la prochaine émission il plaçait des actions de Panama il toucherait pour son propre compte vingt-cinq francs par titre retenu. Si l'on voulait compléter ces renseignements on n'aurait. pas à aller chel'- che1· bien loin le directeur du joumal .. li est loge aux frais de l'Etat dans une maison centrale et sa feuille vendue aux enchères - à des gens honorables du reste - a été adjugée pour t1·ois cent cinquante francs (( << y compris le bref approbatif de S. S. Léon XIII », disait le procès-verbal de vente. Le lendemain M. Drumont constatait, avec sa franchise ,brutale,' même lorsqu'il s'agit de dauber sur un des siens, la participation du clergé dans le Panama. « C'est une fresque de danse macabre que cette affaire. Autour du cerrueil de Reinach tous les corps de l'Etat défilant tout• à tour, il apparait qu'il sont tous un peu cariavéreux. ✓ « L'abbé Frémont n'a pas attendu l'article de Bonnfon sur le rôle de certains ecclésiastiques dan!> le Panama, il a c1·u devoir entrer lui-mème dans le débat et i! a flétri, du haut de la chaire, la coupable conduite de Delahaye, qui avait osé demander qu'on ouvrit une enquête sur les députés vendus . • (< C'est, du reste, une <les plus extraordinaires manifestations du trouble qui 1·ègne dans les intelligences, que cette excursion de !'Eloquence sacrée dans le domaine de la Finance, et l'on s'explique l'émotion qu'elle a causée dans le cle1·gé. Le pauvre archeveque qui a dù dejà envoyet· une fois à Rome c~ prêtre aux idées bitarres, se demande maintenant s'il ne faudrait pas l'envoyer à Jérusalem. » Conservat(;lurs et catholiques n'ont donc rien à envier au parti républicain. Les uns et les autres ont eu pour Panama des , .

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