652 LA REVUE SOCIALISTE des gentilshommes payés pour vanter l'excellence de Panama, ou parmi les hommes politiques de droite, que M. de Lesseps entretenait des rabatteurs, pour la chasse aux écus organisée sur toute la surface du territoire. Un écrivain qui connait bien les choses de l'E>glise,au courant des intrigues de sacristie et clesmanœuvres ecclésiastiques en matière de finance, nous révélait récemment que la Compagnie de Panama s'était ménagée des appuis importants jusque daus le Vatican. Toute la catholicité, écrivait, il y a quelques jours, Jean dt: Bonnefon dans l'Eclafr, a trempé les pieds dans les eaux de Panama, depuis le Pape jusqu'au vicairP de la Madeleine, qui faisait à Mme de Lesseps des sal11malecs comme les sauvage en font au :·usil de Robinson, non pour les même~ rah1ons que les sauvages, mais pou1· des raisons opposées; ca1·si le fusil de Robinson tuait, le canal faisait vivre. Au temps glorieux où les finance:: du Vatican valsaient sous l'archet de l\Ig1·Folchi, on joua sur Panama. Combien et pendant combien de temps? Il est difficile de le préciser. Cette administration des finances de l'Eglise fait toujours pense1· au Purgatoire de sainte Brigitte: en entrant dans cette atmosphère noctume, pleine de murmures mystérieux, on pense à cette succursale de !'Enfer, à ce dortoir morne et ter1'i1Jleoù l'on ne voit pe1·sonne et l'on entend des voix basses P.t des soupirs qui sortent des mu1·s. Ce qui est certain, c'est que les intermédiai1·es qui conseillèrnnt à Folchi des achats et des ventes du Panama touchèrent à l'administrntion même de fortes commissions. Parmi eux se t1·ouvait le rédacteur en chef d'un journal dont tous les efforts ont tourné pendant dix ans ve1·s le but d'ètl'e ou de passe1· pour le journal officieux du Pape. De temps à autre, cette feuille expédiait son collaborateur à Paris et entre deux filets, Pn l'honneur dt: .M. de Bismarck ou de l'empereur Guillaume, on voyait un éloge du Granù Français. l\1g1· Galimberti, avant d'èti·e nour:e, au temps où prélat vague il courait les rues de Rome à la recherche d'une fo1·tune, obtint deux ou t1·ois petites subventions et il s'en vautait assez volontiers. La politique du Vatican était à cette époque toute germanique: on s'occupa surtout du Panama dans les caisses romaines, au moment où 1\1. de Lesseps fut recu triomphalement à Berlin. Un parent de Mgr Folt:hi, 1\1. Sévéro Folchi, estimait à trois millions les plumes de cygnes laissées dans le Panama par l'administration de son oncle, A une époque, cet oncle véné1·able touchait une commission de cent francs par titre de cinq cents francs qu'il achetait pou1· le compte de son mattre. Comme l'opérette ne perd jam9.is ses droits, il y eut sur Panama des exploitations amusantes. Un demi-prélat, secrétaire particulier d'une très g1·ande dame française, allait tous les ans porter, de la pa1·t de la marquise du P ... , une forte somme aux pieds du Saint-Père. Deux années de suite cette somme fut versée en actions de Panama. La première année, l'abbé se contenta de toucher une commission sur l'achat des titres. La seconde fois il demanda cinquante pour cent, c'est-à-dÏl'e la moitié de la. somme, à l'administration, qùi d'ailleurs refusa. L'abbé, qui, par ses aumônes n·était pas sans influence dans les
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