La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

650 LA REVUE SOCIALISTE il s'est agi de Panama, c'est la droite qui a fourni le gros appoint de la majorité. Dans les journkux, même attitude ; qui ne se rappelle les appels de M. de Cassagnac et ses diatribes contre l'incurie du pouvoir, qui laissait aller à vau-l'eau, disait-il, la fortune de la France et compromettre, au profit de l'étranger, une œuvre patriotique. Tel était depuis 1886, la solidarité étroite reconnue, avouée par le parti monarchiste, entre l'entreprise de Panama et les conservateurs, qu'en 1888-89; les républicains avaient toutes les peines du monde à se défendre des projets de reconstitution de la Compagnie par le gouvernement, reconst.itution que les sommaient de faire les députés et les journalistes de droite. Beaucoup parmi ceux qui ont voté en 1888 l'autorisation d'émettre des valeurs à lot, ne l'ont peut-être fait que parce qu'ils redoutaient les conséquences du rejet que les adversaires de la République ne manqueraient pas d'exploiter contre eux. En 1889, même, quand tout le monde pouvait et devait être fixé sur la situation réelle de Panama, est-ce que la droite a hésité un seul instant à voter à une forte majorité pour le projet ridicule de M. Rouvier 1 Et sur l'invitation de qui? De M. George Roche, député conservateur. Comme le remarque justement M. Drumont, dans la Dernière Butaille, les adversaires de Panama n'ont trouvé de l'écho que sur les bancs de la gauche en 1888et 1889. Oh! je connais par avance la réponse à ces faits: Les monarchistes croyaient à l'entreprise; à la possibilité de l'exécution, à l'excellenc.e de l'œuvre qu'ils n'ont appris à apprécier que plus tard. Ils étaient désinteressés, dans le jugement optimiste quïls portaient sur Panama. . Malheureureusement pour ces convertis d'hier, M. Charles de Lesseps s'est chargé de démentir leur beau zèle gratuit. Dans la conversation qu'il a eue avec MM. Le Provost de Launay et de Lamarzelle, rapportée par celui-ci devant la commission d'enquête, M. Charles de Lesseps dit assez que c'est moins dans le monde politique que dans le monde des s11tons,qu'il a rencontré des exigences avides, qu'il a dû donner· des sommes importantes, des parti.:ipations de garantie nombreuses, pour se rendre favorables les disp,msateiws de l'opinion mondaine. Aussitôt que l'émission est annoncée, dit-il à M. de Lamarzelle, c'est à qui fera partie du syndicat. Nous recevons la visite de quantité de gens qui viennent nous dire: << Je vaux tant, donnez-moi tant. • Mais ce ne sont ni les banquiers. ni les journalistes qui nous font les

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