La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

628 LA REVUE SOCIALISTE culture do la pomme de terre, où le mineur plantera-t-il ses choux, ses oignons et où sèmera-t-il ses carottes? Yous me ·répondrez qu'on peut, une fois les pommes de terre arrachées, mettre des choux d'hiver. A la rigueur la chose est facile, mais vous me permettrez de vous rappeler qu'un terrain sur lequel on fait chaque ann,~e la même culture ne donne bientôt plus qu'une infime quantité de produits quelle que soit la dose de ·fumier do basse-cour qu·on y mette. Comme la maison de Tartarin, le jardin des mineurs de Carmaux n'a l'air de rien du dehors, mais quand on y entre, coquin de sort! admis à contempler, non plus le fameux boabab, mais les pommes de terre les lecteurs du Temps s'en retournent plein d'admiration. En toute humilité, je hasardel'ai encore une autre obser- ,,ation. Le petit goret qu'on achète 12 à 15 francs, qu'on engraisse avec dos épluchures - épluchures, sans doute, des pommes de terre, des carottes et des choux de ce fameux jardin - et qu'on revend 90 à 100 francs n·est que le produit d'une imagination aussi ingénieuse que fertile.On n'engraisse pas un cochon, quelque porcelet quïl soit, avec des épluchures quand bien même ces épluchures seraient arrosées avec l'eau de l'évier. Et si tel mineur, en effet, élève un pure, le vend ou le tue c'est quïl possède ou qu'il loue un petit champ à moins qu'il n'achète pommes de terre et son pour l'engraisser. Dans un cas comme dans l'autre, ce n'est pas 75 ù. 85 francs par an quïl gagne de ce chef mais tout au plus une pièce de 10 à 15 francs. Les erreurs que je relève ne sont pas, comme on pourrait le croire, des erreurs de détail. Sans doute, s'il s'agis~ait d'établir un budget de 7 à 8,000 francs, il se1·ait loisible de les regarder co:nme telles, mais quand on veut se rendre compte d'un budget d'ouvrier il ne faut jamais perdre vue qu'il n'y a pas de détails infimes; les colonnes des recettes et des dépenses ne sont remplies que de tr~s petites sommes dont l'addition elle-mème ne représente qu'un faible total. Ces erreurs de faits rectifiées, il est temps de reprendre les chiffres que votre correspondant donne comme représentant le gain et les dépenses du mineur de <::armaux et d'examiner jusqu'à quel point ils répondent à la réalité. J'accepte les chiffres que donne votre reporter: la journée moyen ne du piqueur et du boiseur est de 5 fr. 45 ,· celle des aides mineurs et boiseurs 4 fr. 95; celle des remblayeurs 4 fr. 07; des rouleurs 3 fr. 60; des encageurs 4 fr.; des ouvriers des grilles 2 fr. 18 si ce sont des enfants ; 3 fr. 2~si ce sont des adultes ; des ouvriers d'usine de 3 fr. 05 à 4 fr. ; des ouvrier~ des ateliers de 3 fr. 25 à 5 fr.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==