CORRESPONDANCE 627 bœufs à temps, sauf peut-être dans la chanson de Pierre Dupont. Ces deux ~rreurs, Monsieur le directeur, suffiraient déjà pour mettre en garde contre les assertions de votre corréspondant tout lecteur qui ne se paye pas de mots et ne se laisse pas éblouir par le noir sur blanc de la prose imprimée. En. voici d'autres qui, décidément, ne me permettent plus d'ajouter une foi illimitée à l'enquête de Carmaux. L'ouvrier célibataire, au dire de votre honorable correspondant, et l'ouvrier marié sans enfants reçoivent 40 hectolitres de charbon par mois et le père de famille 45; c'est-à-dire, si mon .calcul est exact, 480 hectolitrès de charbon par an dans le premier cas et 540 dans le second. Oh! oh! que voilà une Compagnie bien généreuse! Savez-vous, monsieur, que 10 hectolitres ,de charbon représentent une tonne et qu'un ménage ouvrier qui .n'allume généralement qu'un feu mettrait au moins six ans à brûler la quantité de combustible que vous lui octroyez si libé- .ralement? Il est regrettable que la Compagnie de Carmau. ne s'inspire pas un peu de votre munificence, des ouvriers pour- :raient se constituer des rentes, en vendant le surplus de leur _chauffage. En vérité, on se demande si vous n'avez pas eu affaire avec un mauvais plaisant qui aura profité de votre ignorance et de votre naïveté pour vous mystifier. Plus loin votre collaborateur vante les avantages dr. la cité ouvrière construite par la Compagnie et il ajoute: « Pour cinq francs par mois l'ouvrier y trouve une maisonnette à lui seul et un jardin de cent mètres carrés qui le fournit, pour l'année, de .pommes de terre, d'oignons, de choux et de carottes. » Décidéme.nt, monsieur le reporter, vous êtes né natif de 'l'arascon ou de Barbentaµe et ce coquin de soleil méridional vous joue de très mauvais tours. Avez-vous lu dans le Temps les très remarquables études de M. Grandeau sur la culture de la pomme de ,terre? L'éminent agronome, signalant les expériences faites pendant quatre campagnes consécutives par M. Aimé Girard démontrait qu'on obtenait avec la Richter imperator un rendement de 20 à 25,000 kilos par hectares. Mettons-en 25. En admettant que les mineurs de Carmaux connaissent tous les secrets de la culture intensive et l'emploi rationnel des engrais . chimiques ils ne peuvent récolter que 250 kilos de pommes de terre sur leur cent mètres carrés, quantité qui est loin d'être suffisante pour une famille d'ouvriers composée de cinq per- . sonnes, le père, la mère et trois enfants. Cette moyenne pour les enfants n'est pas exagérée, puisque d'après vous dans les quar- , tiers de Carmaux« bourdonnent comme.des mouches des nuées de mioches ». Mais si le jardinet est ~ntièrement occupé par la
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