CORRESPOND.AKCE 62!) L'ouvrier peut-il vivre lui et sa famille avec ce salaire î Peutril assurer à ses enfants l'éducation professionnelle? Peutr il se mettre de côté pour ses vieux jours une petite somme qui eomplètera la modique pension que lui allouera la Compagnie ou la caisse de secours? Peut-il s'assurer contre les accident~ et la maladie ? Telles sont les questions auxquelles a essayé de ré poudre votre honorable correspondant etauxq uelles 1larépondu en laissant croire qu'avec de la conduite, de la modération dans ses désirs, du travail, de l'économie, le mineur de Carmaux pouvait terminer sa vie en bon rentier qui a de beaux biens au soleil, qui dote honorablement sa ftlle et qui achète un fonds d~ commerce à son fils. Il faut en rabattre de cette idylle si l'on veut rester dans la vérité. Pour ramener les choses au point une observation préalable d'une grande importance est indispensable. La société des mines de Carmaux occupe - je prends les ebiffres de votre correspondant 2. î94 ouvriers, tant du fond que de l'extérieur, qui doivent se décomposer :i peu de chose près de la façon suivante: 700 piqueurs ou boiseurs; 950 remblayeurs, rouleurs eL encageurs ; 1.112 ouvriers occupés aux grillP,s, aux lavoirs, aux usines et aux ateliers. Telle est du moins la proportion dans le bassin houillt'r de la Loire et je suppose que la même proportion s'obsr:rve à Carmaux. Si l'on se rappelle l'échelle des salaires que nous avons établie plus haut sur la foi de votre eorrespondaut on vnra que le quart à peine des mineurs gagnent une journée moyenne de 5 fr. à 5 fr. 50, un second quart de 3 fr. 50 à 4 fr. et la moitié de 3 fr. 22 à 3 fr. 50. Il est vrai, Monsieur le Directeur, que votre reporter majore ce salaire en y ajoutant celui des enfants qui sont en âge de travailler, ce qui lui fournit l'occasion d'écrire les lignes suivantes qui ne manqueront pas de faire sourire les personnes qui vivent au milieu des classes ouvrières : « Supposez que l'ouvrier travaille par mois vinglrquatre jours, ce qui est la proportion habituelle, vous aurez pour la famille de l'ouvrier du fond un salaire mensuel de 251 fr. 22 (5 fr. 25 pour le père, 2 fr. 75 pour le fils ainé et 2 fr. 18 pour le second) ; il entrera 216 fr. dans le ménage de l'ouvrier des usines, chez celui des ateliers 227 fr. » Il est évident qu'en lisant ces llgnes les partisans du tout, est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles vont pousser des cris de triomphe et d'indignation: <( ces ouvriers, une collection de mangeurs et de buveurs, avec des appointements de 216,227, 250 fr. par mois, ils n'arrivent pas à nouer les deux bouts.>> Avant de porter sur ces mineurs un jugement aussi sévère que .sommaire on ferait mieux de réfléchir: On comprendrait bientôt
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