La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

626 LA REVUE SOCIALISTE: injuste et regrettable qu'une pareille éventualité se produisit. Nous nourissons déjà une si belle collection de préjugés à l'endroit des ouvriers et de leur condition matérielle qu'il est inutile d'en accréditer de nouveaux par une observation superficielle des choses. Avant tout soyons exacts, dans la constatation des faits si nous voulons être .i us tes. Je suis convaincu, monsieur le directeur, sachant tout l'intérêt que porte votre journal à l'amélioration matérielle des travailleurs manuels, que vous réserverez un bon accueil aux observations que je prends la liberté de vous envoyer. Permettez-moi d'abord de signaler les quelques erreurs do faiL. Votre correspondant établissant une comparaison entre le salaire des mineurs de Garmaux et le gain des paysans de la région nous parle du méchant petit seigle récolté dans la Lozère et vendu 4 francs le double décalitre. Yoilà une affirmation qui aura fait rêver tous ceux do vos lPcteurs quelque peu au courant du prix des céréales. Le prix du froment du pays ne dépasse pas 3 fr. 80 le double drcalitre et le seigle, qui se vend généralement un tiers de moins, trouve preneur à 4 francs? Il faut que le pain noir exerce une fascination bien irrésistible sur les habitants de la Lotère pour payer le seigle plus cher que le blé. Il est vrai quo des goùts et des couleurs ... Votre correspondant ne me parait guère mieux informé quand il nous montre los cultivateurs oblig<'.•sparfois d'emprunter pour « acheter en remplacement de bêtes trop àgées, une nouvelle paire de bœufs de charroi et do labour». Pardon, monsieur, le paysan n'est pas si niais quo vous paraissez le supposer. Il sait - surtout dans le Tarn et dans la Lozère - pays d'élevage, que los bœufs no subissent une dépréciation notable que lorsqu'ils dépassent l'àge de sept ou huit ans, encore à cet âge là en les faisant reprendre les vend-il à un prix qui lui permet d'acheter au commencement de l'hiver une paire do bœufs de deux ans et demi qui au printemps lui fourniront le même travail que c~ux dont il s'est défait. On débourse de l'argent pour renouveler une paire de mules, de mulets ou do chevaux, mais quand il s'agit do bœufs, la paire que l'on vend suffit pour payer cellr. que l'on achète. S'il y a parfois une différence on moins il y a d'autres fois une différence en plus. C'est qu'on effoL,si le bœuf r,erd sa valeur marchande au point de vue du travail, il garde toujours une valeur marchande à peu près égale au point do vue do la bouchcrie,à condition cepeudan t qu'il ne dépasse pas un certain àge, mais le paysan est payé pour connaitre cette 1Jarticularité; au!lsi, se débarrasse-t-il de ses

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