La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

CORRESPONDANCE 623 gnie est encore plus lâche qu'on ne pouvait croire, car elle n'admet l'arbitrage que contrainte et forcée: elle se résigne, devant la réprobation générale, â accepter aujourd'hui, ce qu'elle eût dû (si elle eût été de bonne foi) accepter il y a deux mois et ce qu'elle a refusé. En somme, on en viendra sans doute, comme solution, à ce que je proposais dans ma lettre: statu qito ante et le congé ou les congés nécessaires accordés à Calvignac pour remplir ses fonctions de maire. Mais tout cela n'enlève rien au principe que je posais: droit pour un patron de renvüyer un ouvrier qui ne travaille pas régulièrement; - tout cela prouve non seulement que la Compagnie a abuse de son droit et que la mise en avant de ce droit n'a été qu'un prétexte: voilà qui n'est pas douteux. Certainement, si elle n'avait pas été composée de ces gens gangrenés jusqu'à la moëlle par l'égoïsme bourgeois, elle aurait cherché elle-même, dès le début, un moyen de conciliation, tandis qu'elle a profité de son droit (et, malheureusement le droit, dans nos sociétés, est loin d'être généralement l'équité) pour faire œuvre de réaction. Ce n'en est pas moins par une sorte de ricochet, si je puis ainsi dire, qu'on a fait du renvoi de Calvignac une atteinte portée au suffrage universel. Reste la grande question de la liberté du travail (1). Qu'on appellP-lâchenrs tant qu'on voudra, ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas suivre leurs camarades dans une grève; que ces lâcheurs aient raison ou tort; je vais même plus loin; qu'ils soient non seulement lâcheurs dès le début de la grève, mais lâcheurs après, complètement et même lâchement lâcheurs,q u'ils aient droit même au mépris de leurs camarades, la question n'en reste pas moins entière; et, sous aucun prétexte,on ne peut admettre la yiolence ou l'intimidation pour les empêcher de travailler. Nous. plus que tous les autres, qui ne voulons vivre que par la justice (avenir que nous rêvons pour nos sociétés), nous devons considérer comme sacrées toutes libertés, - compatibles, bien entendu, avec la liberté de tous,- surtout aujourd'hui plus que jamais où la morale ne repose plus sur aucune révélation, n'est plus et ne peut plus être que sociale. En cette morale trois principes dominent tous les autres et ont droit à tout notre respect: l'honneur, l'amour et la liberté. L'Honneur: non pas l'honneur bourgeois ridicule et suranné qui consiste en des traditions ab6urdes, - mais la (1) Sur cette question, bien entendu, je suis d'accord, en principe, au moins, avec M. Leroy-Beaulieu (article cité ci-dessus).

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==