622 LA REVUE SOCIALISTE CORRESPONDANCE Paris, 24 Octobre 1892. A Monsieur Benoît Malon, directeur de la " Revue Socialiste " Monsieur le Directeur, Je dois d'abord vous remercier de l'accueil que vous avez fait à ma lettre et aussi de la réponse dont vous l'avez honorée. Cette répouse appelle de ma part quelques observations que vous me permettrez de vous sonmettre. Soyez persuadé que je comprends très bien votre indignation; je n'ai pas peiné, comme vous, il est vrai, dans les bagnes capitalistes; mais, si la vie m'a été relativement assez facile, j'ai eu à lutter cependant; luttes morales, luttes d'idées, de conscience et aussi lutte pour vivre; mais surtout j'ai pu voir de près bieu des fois la honte de notre prétendue haute bourgeoisie, où l'honneur n'est qu'un mot et où l'égoïsme est la seule loi; j'ai été écœuré par la lâcheté de ceux qui trouvent que tout est bien hors d'eux (optimistes pour les autres, pessimistes pour eux-mêmes; juste le contraire de ce qui doit être); de ces aveugles qui ne veulent pas voir que leur entêtement et leur férocité les conduit à leur perte, qu'un peu de vraie charité (et par charité, j'entends amour desautres)pourraitécarter. -Je ne doute donc pas, par ce que j'ai vu, des abus de pouvoir commis journellement envers les ouvriers, car cette exploitation des faibles crève partout les yeux. De plus, le procès d'Albi et surtout la discussion à la Chambre (1) ont montré que la Compa- (1) Je lis à l'instant l'article de Leroy-Beaulieu dans !'Economiste Français du 22 octobre; il est bourgeois dans l'âme et économiste classique 1 Voir surtout le troisième paragraphe; quelle peur 11 1
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