La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS ôül -représentation des intéréts et des di·oits du travail qui, seuls ou presque seuls, dans notre JJays n'ont pas de représentation légale. Il y a bien des hommes qui parlent au nom des ouvriers, il y en a qui, ayant été ou'\l'riers eux-mèmes, ont plus facilement que d'a,itrcs la confiance de leurs camarades ; mais, il n'y a personne qui puisse se dire représentant de telle ou telle profession; il n'y a pas de corps constitués qui puissent s'attl'ibuer ou auxquels on puisse reconnaitre le pouvoir de représenter officiellement les d1·oits des travailleurs. Eh bien, voilà ce qu'il faut donne,· au pays; car cette absence de représentation est la source piincipale de toutes les difficultés sociales. Sans doute, il y a les syndicats professionnels. Je partage, â cet égard, l'opinion de M. Le Coui· ; je crois avec lui qu'après avoir traversé la première crise de leur formation, après les luttes violentes qu'elle entraine, qu'on aurait peut- •être pu conjurer avec un peu plus de prévoyance, mais qui sont maintenant, .Presque inévitables, je pe1·siste à croit·e que les syndicats deviendront, comme les T1·ade's Unions anglaises, la véritable représentation du travail. Voilà pourquoi je ne cesserai d'ii,pplaudir et d'aider à leur développement. Mais, pour le moment, il faut bien le dirè, ils ne représentent qu'une fraction des' travailleurs, P.tpresque toujours, â côté d'eux, il reste un nombre important, quelquefois très considé1·able, d'ouvriers 110nsyndiqués. Dans ces conditions, où est la représentation du travail? On ne le sait pas, on la cherche souvent vainement. III. l\Iesureur a proposé la création d<lChambres de travail dont une des attributions serait précisément de prévenir les conflits et d'organiser l'arbitrage, mais qui auraient, en outre, la mission de représenter en permanence les intéréts du travail. Eh bien I je voudrais que cette proposition fùt votée par la Chambre. Aucune ne répond mieux au besoin social de notre temps, et bien que je sois l'un des signataires d'une autre proposition conçue dans le même esprit, je m'y rallierais volontiers. C'est la voie dans laquelle la Belgique est entrée; par sa loi de 1887,elle a constitué des conseils permanents de l'industrie. Lem· fonctionnement n·est pas assez ancien pour que les résultats en soient bien connus: ils ont d'ailleurs, à mes yeux, un inconvénient très grave : c'est que l'administration gouvernementale a, dans leur création, une part abusive; mais ils sont fondés sur un principe juste, celui de la représentation du travail. Emparez-vous de cette idée, donnez-lui la forme qu'elle doit revêtir dans noti·e pays, en l'appU)'ant sur la liberté professionnelle, sur l'égal respect des droits, en composant les conseils de délégués nommés, dans les plus larges conditions d'indépendance, par les patrons et pa1· les ouvriers, et vous aurez fait un pas considérable ve1·s la pacification sociale. Vous en ferez d'autres dans le mème sens, en vous inspirant du même principe, quand vous organiserez les caisses de secours contre les accidents, les caisses de 1·etraite, et ainsi vous aurez enfin conduit le pays à l'organisation professionnelle qui lui fait défaut. Je résume ces observations. Je vais, comme tout le monde probablement, votei· aujourd'hui le titre I qui vous est propos~. Si nous <levonsnous borner là, je crois que la discussion pourra se terminer ce soir, sans aucune difficulté. Mais alors elle aura été incomplète et insuffisante. Je demanùe instamment à la commission de nous permettre de discuter à très bref délai le titre qui regarde la constitu, tion des ,:onseils permanents de conciliation et d'arbitrage, parce que j'y voisà la fois, le moyen de prévenir les conflits et de préparer la représentation professionnelle. (Applaudissements à droite):

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