598 LA REVUE SOCIALISTE économique, soit à plus forte 1·aison dans un intérêt politique, mésuse rie sa concession, interrompt les travaux, provoque une grève, le Gouvernement a le droit de s'emparer de la mine et de faire ce qu'il ne fait pas. (Applaudissements à gauche). . i\I. CuNEOn'OR:-IANO- . Quelle est la procédu1·e d1:l'exercice du ùroit de haute police? Nous ne sommes plus en 1810. M. MILLERAND.- Et vous le regrettez, monsieur Cuneo d'Ornano?' (Rires à gau~he). M. CUNEOn''.'RNANO-. Nullement. Je suis de mon temps. C'est vous qui ,•oulez remonter aux vieilles législations! Vous parlez toujours du droit dehaute police: moi, je suis pour la liberté 1 (Très bien ! tl'ès bien I sur diYet'S bancs). i\I. MILLERAND-. Non, je ne veux pas remonter aux vieilles législations. i\Iais, puisque les Parlements républicains, ainsi que le constatait tout à l'heure M. le président du conseil, n'<rnt pas pu fai1·e la législation nouvellequi est nécessaire, il faut bien que nous nous servions des armes que vous avez mises dans nos mains pour la sécurité publique. M. CuNEOD'OR:-IANO- . Mais vous n'avez pas de procédure pou1· exerce1· le droit de haute police. Cela n'existe plus et vous ne pouvez pas faire de M. Loubet un empereur 1 (On rit). M. MILLERAND-. Je n'ignore pas, et je réponds ainsi à M. Cuneo d'Ornano, qu'il n'existe pas de précédent à la mesme que je propose, pas plus que nous ne connaissons de précédent à l'acte inqualifiable de la Compagnie de Carmaux. On nous dira que nous allons jusqu'au bout de nofre droit: je le reconnais; mais la Compagnie de Carmaux a excédé le sien en faisant ce que vous savez. Seulement, avant que le Gouvernement, que la majorité républicaine refusent d'user des seules armes légales qu'ils ont enfre les mains, je les supplie de peser ces tl'Ois considérations toutes simples, toutes nues, que je ne développe p:is et que je veux seulement indiquer avant de descendre de la tribune. Vous avez en face de vous une Compagnie, ou plutôt une personnalité politique, incarnation de cette Compagnie, qui, après avoir essayé, au -16 mai, de faire marcher la France, renouvelle aujourd'hui, sut· un plus petit théàtre, la même tentative contre ùes ouvriers républicair.s. (Très bien I très bien I et. applaudissements à gauche). Vous assistez à une tentative de la puissance de l'argent, de la féodalité financière, pour prend1·e et pour joindre à la puissance économique qu'elle a déjà, et g1·àceà elle, la puissance politique. Enfin, vous avez en face de vous des ouvriers qui luttent pour conserver l'arme pacifique du bulletin de vote, et si vous leur dites que vous n'avez aucun moyen pour leur maintenir cette arme entre les mains, si vous leur dites que, devant une Compognie qui, ap,·ès avoir pesé sur eux de tout son poids depuis 1885 jusqu'à 1889, essaye encore de reprendre sa prépotence politique, si vous leur dites à ces ouvriers, qui, avec une énergie admirable, ont lutté à toutes ces époques contre la pression la plus éhontée, que cette Compagnie peut briser entre leurs mains le bulletin de vote et que vous, Gouve,·nement et Parlement républicains, vous n'avez aucun moyen de le leur rendre, je vous le demande, quel recours leur restera-t-il et où feront-ils appel pour obtenir justice ?' (Applaudissements répétés à gauche). J'ai fini, Messieurs, je soumets avec confiance, au Gouvernement et à la. majorité, 1'01·dredu jour suivant, que je dépose, d'accord avec mon collègue M. Dupuy-Dutemps, et que nous avons conçu, à dessein, dans des te1·mes tel&
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==