La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS :i'.:LUS 59!'> Sur cette même pièce, à la suite de ce qui précède, on lit: « Prorogation °de huit jours. » Puis une autre prorogation de cinq jours, à la date du 28 juillet, ce qui nous porte au 3 août. Je mets maintenant sous les yeux de la Chamb1·e une autre cedificat ,qui démontre que Calvignac était encore malade le 2 août: << Je certifie que le sieu1· Calvignac est atteint de bronchite et de dyspepsie. <1 En foi de quoi, etc ... « Signé: Revellat, médecin de la mine. 11 Carmaux, le 2 août 18!J2. » Le renvoi ayant été effectué le 3 août et Calvignac étant atteint à ce moment d'une maladie constatée et certifiée par un médecin de la mine, il est donc bien cértain que le renvoi ne peut être motivé par les absences de -Calvignac, puisque ces absenctls étaient légitimes. Donc, messieurs, il faut en convenir, le renvoi n'a pas pu être motivé pat· les absences qui ont é~é alléguées, et c'est le seul motif donné jusqu'ici par la compagnie. Par quoi donc le renvoi a-t-il été provoqué? Je rep1·enJs mon a1·guroentation. Calvignac venait de subir une double -élection comme conseiller municipal et comme maire. Je dis << subit· ,1, car ce n'était pas aussi réjouissant pour lui que vous pourriez le croire. 11venait d'ètre nommé conseiller d'arrondissement. Tant qu'il n'avait été que conseille1· municipal et maire, on n'avait pas protesté; mais la compagnie, qui ne fait pas de politique, - nous allons le voir tout à l'heure, - avait présenté au conseil d'arrondissement, contre 111. Calvignac, un candidat très eonnu dans notre pays et qui a été pendant longtemps le candidat officiel de la compagnie: le docteur (;abot. Or, le docteur Cabot a été battu, et c'est le <lépit de voir son candidat battu qui a provoqué - le fait n'est pas d0uteux - la mesure prise à l'encontre de Calvignac. Que s'est-il passé alo1·s? Il s'est produit des faits que je suis le premier à regretter. Les mineurs de Carmaux, dont la volonté était méconnue, se sont livrés à des manifestations violentes, sur lesquelles je n'ai pas à insister. Ces manifestat10ns ont été réprimres pa1·la justice; je n'ai pas pour habitude de discuter les décisions de la justice; nous nfl sommes pas ici les réformateurs de ees décisions; elles sont acquises et ce n'est pas à nous à nous en occuper . .lllais, depuis, que s'est-il passé encore ? Est-ce que les mineurs se sont un instant departis du calme? est-ce quP, à un moment quelconque, ils ont eommis un acte de violence? Nul ici ni surtout là-bas n'oserait le soutenfr. lis ont conservé une attitude calme et d'autant plus digne d'éloges qu'ils ne eombattent ni pom· leur salaire ni pour leur bien-~tre. Ils combattent pour leur liberté politique, non seulement pom· eux, mais pour la France tout -entière. (Applaudissement à gauche). Voilà donc les faits. Ils ne seront certainement pas contredits . .l\Iaison peut se demander si on ne posera pas la question sur le terrain -où la compagnie s'est souvent placée. On peut dire : Apl'ês tout, quels que soient les motifs invoqués, quelles que soient les raisons donnèes à l'appui de la thèse des ouvriers mineurs, il n'en reste pas moins vrai que Calvignac -était un ouvrie1·; que, comme tel, il était sujet de la compagnie et qu'on pouvait lui signifier son congé au moment précis où on voulait le renvoyer.» Cette thèse est dangereuse, parce qu'il ne peut pas être permis de faire indirectement ce qu'il est défendu de faire directement. Dès l'instant qu'on ne peut pas, d'une façon directe, empêcher les électeurs de votet· pour Calvignac, je me demande comment, indfrecteroent, il ~erait possible d'annuler l'effet de leur vote. • • Il n'est pas admissible, surtout lorsqu'il s'agit d'une compagnie puissante

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