591 LA REVUE SOCIALISTE CalTignac, dont il se1·a souvent question clans ce débat, n'est pas un ouv1·iei· nomade. Il habite Carmaux et il a toujours habité cette localité. Il est en quelque sorte né dans la mine. Son pè1•equi a été ouvrier mineur, y est mort à la suite d'un accident. (Interruptions sur divers bancs.) Lilwe à vous, messieurs, de faire entendre des protestations: cette affaire me parait cependant assez grave pour que vous m'écoutiez sans m'interrompre. (Très bien! - Parlez! à gauche.) Je répète que le père de Calvignac est mort dans la mine à la suite d'un accident et que, pour éviter le service d'une pension ou allocation de secours que la famille llùt été dans la nécessité de demande1·, la compagnie s'est engagée à employer le fils clans la mine en qualité d'ajusteur. En coneéquence de cette décision, qui constitue un contrat, depuis 1873, c'est-à-dire depuis vingt ans, Calvignac est ouvrie1· ajusteur dans la mine, et jamais aucun reproche n'a èté formulé contre lui. Voilà des faits constants, contre lesquels, je crois, on ne peut pas s'élever. Puis, à la suite du vote des lois sur les syndicats, il s'est créé à Carmaux un syndicat professionnel. Calvignac en a été nommé secrétaire; mais, en réalit6, il en a été l'àme. De là, l'animosité de la compagnie contre lui. JI est cependant incontestable que Calvignac en remplissant les fonctions qui lui étaient ainsi conférées. exerçait un droit qui était édicté par la loi, qu'on ne saurait légitimement lui en faire un grief. (Très bien I très bien I à gauche.) Plus tard, Calvignac a été nommé membre du conseil municipal de Carmaux, puis maire, et enlin conseiller d'arrondissement. C'est à la suite de cette dernière élection qu'on l'a brutalement chassé de la mine. li existe, il me semble, des coïncidences nomureuses dans cette affaire. Pendant vingt ans Calvignac a été un ouvrier modèle; personne ne lui a fait de reproche et il n'a encouru ni peine ni amende. .\lais le jour où il s'est mêlé aux choses de la politique locale, et même de la politique générale, il est devenu suspect aux yeux de la compagnie, et c'est à partir de ce moment que les tracasseries lui ont été suscitées. La compagnie, dans le but d'échappe1· au reprocht' qui lui est adressé . aujourd'hui d'avoi1· obéi à des mobiles politiques, ét1·angers à l'exercice de la profession dans la mine, a dit, a fait dire et é..:rire dans les journaux que le renvoi de Calvignac avait été motivé par: dei< fautes. professionnelles. On a imprimé des tableaux dans lesquels on a cherché à établir que Calvignac était un ouvl'iel' inassidu et que c'est le manque d'exactitude qui a provoqué et motivé le renvoi dont il se plaint et dont les ouvrie1·s de Carmaux se plaiguen t avec 1 ui. Messieurs, c•e~t cette légende que je vais essayer de détruire, car elle manque de fondement, et, si l'excuse - car c'est une excuse - invoquée par la compagnie est erronée, il faudra bien chel'cher la cause exacte du renvoi de Calvignac et la trouver ailleurs que dans ses manquements au règlement. J'ai entre les mains les photographies exactes des certificats qui ont été <lélivl'ésà Calvignac et qui démontrent de la façon la plus péremptoire que, s'il s'est absenté parfois, c'est toujours pour cause de maladie. Le premier certificat porte la date du 5 juillet 1892, et rappelez-vous que le renvoi de Calvignac date du 3 du mois suivant. Cette pièce est extraite des bulletins médicaux de la compagnie. (< Numéro matricule, 1877; (( No,m: Calvignac, Jean-Baptiste; (( Durée possible: quinze jours. » C'était le 5 juillet que ce certificat était délivré ; donc la présomption était que::jusqu'au 20 juillet, Calvignac ne pouvait être inquiété puisqu'il était atteint d'une maladie, certifiée par le médecin même de la mine.
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