La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

UN LIVRE SOCIALISTE 587établissements coo.pératifs, se prépare à l'administt.ation de la chose publique ... Mais l'énumération serait interminable, car partout les partis ouvriers mettent en lign·e lem·s phalanges innombrables. Pendant ce temps, le socialisme théorique qui a franchi la période des écoles rivales a fo1-muléson Symbole dans d'imposantes assises internationales, et sa voix retentit dans les Parlements, dans les Universités, parfois même dans les Académies et, qui plus est encore, dans les Temples 1 • Tant de signes annoncent que les répres8ions seront désormais impuissantes, Q,Uele vieux système ne peut plus suffire aux besoins affinéd et accrus. aux nouvelles concept.ions étiques des contemporains, qu'un monde plus juste veut naitre. Et il naitra, car la situation actuelle n'a pas d'auti·e issue possible. • T,a civilisation chrétitmne que rl'aucuns voudl'aient approprie1· aux aspirations contemporaines, ne sauraient plus vivre dans l'ambiant scientifique et social moderne. Elle est bien morte, quoiqu''elle fasse semblant de vivre; elle doit aller joindre, dans la fosse commune de l'histoit·e, la civilisation gréco-romaine, qu'elle avait détruite et remplacée. Si m~me elle a paru survivre à l'irruption de la Révolution française, c'est quP-les Bourgeoisies qui prirent alors la conduite des affait·es humaines, n'avaient que le sens de la liberté, mais manquaient totalement du sens social et n'avaient guére que des préoccupations d'ordre matériel. Souscrivant à le•.11)i·ncapacité philosophique et morale, elles laissèrent la direction des consciences au Christianisme épuisé, auquel elles-mêmes ne croyaient plm,, et elles bâtirent leur société sur le principe antisocial du Chacuu pour soi, cette systématisation de la guerre de tous contre tous, du heurt continuel et meurtrier des intérêts, des aet.ivités et des buts. ' Les conséquences, on les connait. Pat·tout des, antagonismes, partout des conflits, partout des iniqu.ités, partout des souffrances, et, dans tous les esprits, le désarroi, le mécontentement de soi et des autres; si bien que, âgé d'un siède à peine, la société bourgeoise qui devrait être pleine encore de sève et de jeunesse, est déjà maudite et décadente, semblable à ces enfants vieillots qui, épuisés par quelque mal ou quelque vice secret, n'atteindront pas l'adolescence. C'est que, pom· fonde1• un ordre nouveau, pour jeter dans le moule de l'histoire une civilisation vivace, capable, comme les civilisations païenne et chrétienne, de fournir une carrière cyclique de quinze siècles, il ne suffit pas d'arborer de nouveaux intérêts particuliers, de nouvelles exigences individuelles. Il faut apporter aussi une nouvelle conception synt.hétique du mende et une nouvelle rêgle sociale commune de conduite, telles l'une et l'autre de donner satisfaction à la mentafüé des )1lns éclairés, à la sensibilité des meilleurs, à la conscience des plus justes, telle enfin de pouvoir orienter l'humanité progressive vet·s une civilisation supérieUl'e. Or, cette conception synthétique du monde, la science moderne en peut donner les éléments ; cette règle sociale coi;nmune de conduite, le sociali~me l'apporte. Le Socialisme devient ainsi l'inévitable aboutissant des modernes transformations économiques, car au degré de développement intellectuel et moral où nous sommes al'l'ivés, une pression n'est plus possible. Le plus sage est donc, sm-tout pour les Bourgeoisies, de chercher comment, sans boulevet·sement, sans ti·op de lésions d'intérêt, on pourrait procéder graduellement à l'instam'lltion des justices sociales réclamées par les prolétaires et par les meilleurs des classes éclairées. Voilà ce que l'auteur au<1·aitvoulu rendre évident. Il se trouvera largement récompensé,· s'il a pu désa1·mer q~elques hostilités, s'il a fait cesser

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