La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE classe dirigeante française ne firent, par sui·croit, que favoriser l'extension du socialisme qui, tic force presque exclusivement française qu'il était. est devenu une force internationale, déjà irrésistible et formidablement grandissante, et n'a cessé depuis lors, de se manifester par une série ininterrompue de faits révolutionnaires .. On peut énumérer. Aux abdications de 1851, il fut répondu 'par l'lnte,·nationale; aux lâchetés gouvernementales de 1870, par la Commune de Paris. La Commune de Paris a été vaincue, dira-t-on. C'est vrai, mais elle a implanté la République en France; mais el!e a légué au Socialisme, comme une semence de justices futu1·es (et aussi, hélas ! de haines populaires), Je sang de ces trente-cinq mille fusillés, la torture de ces quarante mille captifs, la souffrance de ces cinquante mille proscrits. Elle a fait du Dix-Huit Mars une c.Jatemondiale, une Paques socialiste, que célèbrent fidèlement, en témoignage d'invincible espé1·ance, les prolétaires des Deux-:\Iondes. Enfin l'insurrection sociale parisienne a <Jté suivie, en F.spagne. de l'insurrection cantonaliste qui, quatre mois durant., a fait flotter sur les mu1·s de Carthagène, Je drape~n rouge devenu, depuis 1871, l'étendard fédéral des prolétariats socialistes. Et la protestation révolutionnaire ne s'est pas arrêtée là. En Russie, où il ne semblait pas devoir faire de sitôt son apparition, le socialisme prenant la tutelle de la libertë, a engagé contre le despotisme une lutte terrible. Cent mille des siens y ont trouvé ou la mort dans les supplices, ou la torturante et meurt1·iêre captivité dans les bagnes sibériens ; mais un Tzar a péri, mais la terreur est entrée, depuis quinze ans dans les palais impériaux: elle n'en s01·tira qu'avec l'émancipation du peuple russe. Dans l'Amérique'du Nord, cette tant célébrée Terre pl'Omlse de l'individualisme bourgeois, les puissantes organisations ouvrières répondent aux provocations capitalistes par les g1•êves colossales, et livrent, aux soldats de l'ordre, de véritables batailles dont l'issue finale n'est pas douteuse. Que serait, à juge1· par ces prodromes, la conflagration que pourrait amener, s'il se prolongeait, l'aveugle déni de justice des classes dirigeantes? Les symptômes d'exaspération, les actes anarchistes de propagande par le fait qui, dans ces derniers mois, ont pu donner à réfléchir aux gouvernements et aux privilégiés les plus obtus, indiquent assez, semble-t-il, le caractëre qu'à l'encontre mème des socialistes, qui seraient débordés, prendraient les luttes suprêmes. Ce n'est certes pas pa1·des condamnations que l'on parviendra les menaçants cataclysmes. La voie à suivre, le socialisme l'indique. «. Il est divin de combattre la douleur par de la Yertu », diJait l'oracle de Cos; il est noblement humain, ajouterons-nous, de combattre les justes mécontentements et les haines aveuglantes par de la justice et de la fraternité. Au surplus, il faudra bien qu'on en arrive là. Le socialisme est devenu si puissant, en Allemagne, qu'il s'appuie sur un million et demi d'électeurs, ce qui représente pins de u·ois millions d'adhérents. En France, il a commencé la conquête des municipalités, dont trente sont déjà en son pouvoir; dans le nombre, celles de Marseille, Roubaix, Narbonne, Montluçon, Commentry, Montvicq, Bezenet, Saint-Ouen, Thizy, La Ciotat, Tom·s, Saint-Denis, etc., etc., et il a émis de fortes garnisons dans les municipalités de Paris, Lyon, Toulon, Beaucaire, Toulouse, Tours, Cette, Béziers, Saint-Quentin et de combien d'autres villes françaises ! Tandis qu'en Suisse, c'est le gouvernement fédéral qui, s'appuyant sur les Fédérations ouvriëres, s'est mis sérieusement aux réformes; en Belgique, c'est le socialisme ouvrier qui, par la belle organi1ation de ees formidableg

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