La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

UN LIVRE SOCIALISTE 585 nous rep1·oduisons ci-dessus, renseignera amplement le lecteur sur le but que s'est proposé l'auteur. PRÉFACE C'est pour obéir ù des instances amicales réitérées que l'auteur <lu présent ouvrage, dont la première série <les Lundis socialistes a fourni l'ébauche, a entrepris (en puisant largement dans ses plus récentes publications, et notamment dan::, le Sorialism11 intégral), des doctrines, des revendications, des aspirations socialistes, cette condensation dont l'utilité ne saurait guère être contestée. Tels sont, en effet, les progrès du socialisme, depuis ces <lerniéres années, et si menaçantes les éventualités qui peuvent surgir d'un moment à l'autre, que jamais il ne fut plus urgent d'inventorier les systèmes, d'expliquer les situations, d'analyser les revendications, dégager les possibilités et de sérier lr.s probabilités. A chacun donc d'apporter son grain de sable: j'apporte le mien. Vétéran du socialisme révolutionnaire, je dis par quelles réformes on pourrait préveni1· les conflits sanglants; ancien militant du socialisme ouvrier, je m'adresse surtout à la Bourgeoisie, pour lui dire que le temps est passé où elle pouvait, sans danger immédiat, méconnaitt·e la signification révolutionnaire des évènements qui se précipitent. Elle a été souvent avertie par les socialistes cette Bourgeoisie, dont la misAion historique pourrait êtrb si bienfaisante, si glo1·ieuse encore. Pour n'en citer qu'un seul exemple, ne flamboient-elles pas encore ces lignes qu'en 184'9Victo1· Considerant écrivait dans la Démocratie pacifique? « J'ai essaye de vous démontrer que le Socialisme était l'irrésistible force historique du temps, l'idée même <lel'époque; qu'il fallait le prendre corps à corps et résoudre ses p1·oblèmes ou périr, Nous n'avons plus de roi, plus de bouc émissaire à cha1·ger1 avec les siens, des péchés d'Israël, et à renvoyer, par la voie de Cherbourg ou du Hâvre à Holly-Road ou à Claremont. Une nouvelle révolution serait le signal d'une guerre civile épouvantable. Il faut à tout prix l'éviter, il n'y a qu'un moyen: c'est que vous Gouvernement, vous Bourgeoisie, vous Influence, vous consentiez à ètt1die1· le Socialisme, à l'entend1·e à fond et à vous faire socialistes vous-mêmes, afin de le contenit-, de le dirige1·, de prendre, dans la pratique sociale, l'initiative du Progrès dont il ,·enferme les germes, et qu'il vous appartiendrait de féconder et de faire mùrir. C'est le seul moyen d'écarter les dangers. » Au lieu d'écouter le grave avertissement, la Bourgeoisie françaisé qui, auréolée de tant d'éclat, avait tant de devoirs, se refusa égoïstement, peureusement à tout examen de la question sociale, à toute rM01-me sérieuse; après avoir cruellement sévi contre les socialistes, elle fit chorus avec les méprisables calomniateurs de la rue de Poitiers. Il arriva, comme l'avait p1·édit Considerant, que la résistance amena les désastres; et la N~mésis qui suit les grands crimes sociaux ne se fit pas attend1·e. Trois ans après sa faillite morale, la Bourgeoisie française t4tait à jamais déch~e de son rôle d'initiatrice des peuples, et la France révolutionnaire qui, par peur du socialisme, avait été infidèle à son passé, sombrait dans les hontes du second empire, d'où elle ne devait s61-·tir que décou1·onnèe, mutilée, amoindrie, au point d'être maintenant menacée dans son existence, elle qui, depuis un siècle, était la tête de colonne de l'Europe pro- _gressive. Que les Bourgeoisies em·opéo-américaines méditent sur cet exemple ! QQ'elles ,;onge~t aussi que les fo_llesrésistances, si chèrement payées de la '

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