La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

5î8 LA REVUE SOCIALISTE Il est éYident tout d'abord que la réglementation ne peut exercer qu'une influence limitée. Un dictateur qui fixerait la durée du travail d'après des vues préconçues et sans tenir compte du degré de déYeloppement <lel'industrie, n'aboutirait qu'à constater son impuissance. La loi peut régulariser une situation, donner un point d'appui aux associations ouvrières, supprimer des abus Yivants, mais elle ne peut suppléer aux efforts collectifs des' ouvriers, ou se passer de l'appui de l'opinion publique. Des lois comme la loi de douze heures votée en France après 1848, sont des concessions de pure forme, dont on commence seulement aujourd'hui à surveiller l'application. Les fabricants autrichiens ont accepté la journée normale, à condition qu'elle ne soit pas sérieusement appliquée; à peu près comme ces enfants qui disent à leur mère: « Je veux bien que tu me laves, mais à condition que tn ne me mouilles pas. >> Mais il n'en est pas <lemême partout: en Angleterre, en Suisse, et dans certains Etats <lel'Amérique du Nord, les lois de fabrique ~ont rigoureusement exécutées. Nous allons examiner brièvement ce qu'elles ont produit et ce que l'on peut attendre de leur extension à notre pays, au triple point de Yue économique, physique, moral, c'est-à-dire en considérant successivement l'ouvrier, comme un moyen de production, comme un corps et comme un cerveau. I. - r:l.11 point de vue économique. 1) On peut considérer comme démontrer que les lois de fabrique n'ont pas eu de conséquences fâcheuses au point de vue de la production. Partout où l'effet utile des ouvriers a diminué, l'outillage mécanique s'est perfectionné. « Le premier résultat des « lois sur les fabriques, <litMiss V. Jeans, a été celui-ci : favoriser << le développement du régime des fabriques.» On peut dire que ces lois ont produit en Angleterre et en Suisse des conséquences analogues à la suppression des droits protecteurs dans l'inùustrie linière en Belgique. Les fabricants se déclaraient ruinés d'avance, leurs profits allaient être réduits à néant ; il ne leur restait plus qu'à fermer leurs usines. Or, la concurrence étrangère fut au contraire un stimulant qui fit introduire de grands perfectionnements dans l'outillage et se traduisit, en définitive, par une augmentation des salaires. 2) Un effet secornlaire, mais qu'il ne faut néanmoins pas lJasser sous silence, c'est que les progrès du machinisme, accélérés par la réglementation, ont produit des conséquences temporaires défavorables à certainës catégories d'ouvriers, qui ont été refoulées d::ms les professions non réglementées. Il va sans dire que ces inconvénients particuliers, si regrettables qu'ils soient, ne consti-

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