La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LE SOCIALISME ET SES DÉTRACTEURS 571 de dire à propos du patron: p'as plus ··mauvais que les centres .' >> Il les range tous, charitables ou pas charitables dans la même cat~- gorie, dans là même classe! Et cet homme, qui semble indifférynt et résigné luttera comme tous les ouvriers, pour les intérêts de la classe ouvrière, parce qu'il les sent véritablement, et que ces intérâts-lc'.trestent les siens. D'ailleurs, écoutez si la lutte contre les patrons et la société capitaliste ne résonne pas déjà au fond de son âme ! Il ne peut s'empêcher de maudire la petite maison pour laquelle M. Schneider lui a avancé de l'argent : « Ah ! c'te maudite maison, dit-il qu'il faut payer tous les mois!. .... C'est ça qui vous tue, ces quarante francs .... Quelquefois, ils nous seraient si utiles, si utiles! Mais il n'y a pas à dire, si on ne paie pas, la compagnie vous vend ; il vaut encore mieux se serrer le ventre ! » Oui, en maudissant sa petite maison, l'ouvrier du Creusot a compris quelle dure mystification était la propriété pour les ouvriers! Le voilà, qui, avec ses maigres ressources, doit encore faire l'avare et se serre1· le ventre, pour devenir véritable propriétaire! Et une fois propriétaire, il saura s'il a plusieurs enfants, que sa propriété devra être vendue après sa mort! Les enfants, la propriété ne sera pas pour eux ! Elle retournera sans doute au patron, pour être repassée, comme un meuble qu'on échange, à une autre famille ouvrière ! Et d'ailleurs combien de ces ouvriers, restent-ils longtemps propriétaires de leur bien ? Les petits bourgeois ont déjà tant de peine, malgré les hypothèques, à conserver le leur !..... Oui, cet ouvrier du Creusot, socialiste inconscient n'a pas seulement affirmé la lutte des classes : en maudissant sa propriété, il a montré que les sentiments collectivistes pouvaient germer en lui! Ainsi donc/ vous tous capitalistes, qui avez lu dans vos journaux, une foule d'interviews de socialistes, vous n'y avez rien compris ; tandis que ce misérable salarié, qui n'a jamais entendu parler de soci~lisme, dévoile dans le fond de sa nature, des tendances socialistes très accentuées ! Vous n'av,iez donc qu'à consulter vos ouvriers pour savoir ce qu'était le socialisme! Vous auriez vu ces homm{ls désireux d'un bien qui leur est dû, et marchant pour les conquérir, dans une immense communauté ! Vous auriez vu cette grande masse ouvrière sur la voie:des belles collectivités futures! Je me trompe, capitalistes, vous n'auriez rien vu du tout : vous ne pouvez comprendre le langage de vos ouvriers ! Car, comme dit cet ancien ouvrier : « Le.a ouvriers, c'est des .ouvr~ers,..et lefl patrons c'est <,les patrons. » Georges G HISLER.

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