570 LA REVUE SOCIALISTE « Tout ça, c'est des bêtises, dit-il, les ouvriers c'est <les ouvriers, et les patrons c'est des patrons; on n'y changera jamais rien, allez ! )) Lui, en effet, peut désirer qu'on n'y change rien, car il est grassement payé pour être un espion parmi ses camarades, et ses ignobles intérêts sont liés aux intérêts des patrons. Mais les vrais ouvriers, qui ne sont pas contre-maîtres, pensent autrement: ils se sentent une classe opposée à celles des patrons. Et d'autant plus remarquable est le propos que ce contremaître a exprimé avec une brutalité tout à fait expressive en disant: « Les ouvriers, c'est des ouvriers, et les patrons. c'est des patrons ! » Cette distinction absolue entre patrons et ouvriers, voilà le principe de la lutte des classes! Ah! monsieur le contre-maître, bourgeois d'occasion, vous ne vous doutiez pas que ces quelques mots sortis de votre bouche d'ancien ouvrier, étaient l'axiome fondamental <lu socialisme ! La lutte des classes, c'est sur elle que repose le triomphe des ouvriers: car la séparation de la société en deux classes, ren<l inévitable la victoire de l'une sur l'autre. Certes, tant qu'on divisait l'humanité, en hommes et en esclaves, on pouvait dire avec un semblant de vérité : « Les esclaves,c'estdes esclaves; les patrons, c'est des patrons; on n'y changera jwnais rien, allez ! )> Mais ces temps sont passés. Depuis un siècle, la vile bourgeoisie a trop flatté les ouvriers, dans le but de faire tourner les révolutions à son profit, pour qu'eux-mêmes ne se soient pas considérés comme les égaux des patrons. Et la grande industrie, qui les a rassemblés, ne pouvant marcher que par eux, et non à l'aide d'actionnaires qui n'y entendent rien, leur a bien montré qu'ils étaient les véritables nourriciers <lela société. Etant donné, en effet, qne ce sont eux les producteurs, dont on ne peut se passer, la grande industrie leur restera à eux, après la lutte, avec ses moyens d'alimenter la société. La lutte des classes! ce principe du socialisme, si ce contremaître l'a exprimé inconsciemment avec son cerveau d'ouvrier, voici un ouvrier, qui l'exprime aussi inconsciemment que lui, mais en véritable ouvrier. Quand M. Huret lui demande si on aime bien le patron au Creusot, il répond avec un indifférence absolue : « Peuh ! on ne l'aime, ni on le déteste, il n'est pas plus niauvais qite les autres. » Cet homme, tout le long de sa conversation avec M. Huret, a montré un tempérament de résigné; il ne sait du reste pas ce que c'est que le socialisme, et il profite des institutions de bienfaisance de M. Schneider. Eh bien! malgré cela, il ne peut s'empêcher
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