566 LA REVUE SOCIALISTE principes du laisser-faire! :Potd le commerce est là: entendezfette belle parole ! Quel acte magnifique de se conformer à ce : tout le rommerce est là! C'est grâce, en effet à une semblable apothéose du commerce,que règne dans la société libertaire des bourgeois, un état de choses vraiment épouvantable. Les bourgeois, par hasard, ne se doutent-ils pas que leur libre concurrence a déchaîné sur les ouvriers la lutte la plus affreuse, obligeant hommes, femmes et enfants à s'arracher mutuellement leur travail et leur pain, que dis-je,envoyant sur le marché du travail, les membres d'une même famille pour faire baisser le salaire du père par les salaires du fils, clé la fille, de la mère ? Et avec une pareille liberté, les ouvriers et leurs familles, qui ne trouvent pas de travail, sont parfaitement libres de mourir de faim! Aucune réglementation n'est là pour les protéger contre une concurrence, toute de désordre et d'acharnement! Cette domina;tion d'une lutte abominable due à des capitalistes jouisseurs, banquiers et hommes d'affaires de toute sorte .... sur les véritables producteurs, voilà cette sainte liberté 10 nobles sophismes bourgeois, avez-vous jamais trouvé un interprète plus accompli que ce M. Cousté ! Entendez comme il parle bien : « Nous voudrions tous voir les ouvriers pcwfctitement heureux.' Quand on aime l'ouvrier, on comprend ça! Seulement il ne faut pas oublier que la liberté doit passer avant tout, l'industrie doit être absolument libre, c'est le principe de la société moderne!» IV Allons maintenant chez M. Schneider, au Creusot. M. Schneider n'est plus seulement un capitaliste comme ceux que nous. venons de voir: il est, en outre, un patron. Qui n'a pas entendu parler de son immense établissement: Le Creusot.' Là, seize mille ouvriers sont employés; c'est-à-dire que seize mille hommes peinent le jour et la nuit, dans une métallurgie, aux gueules de brûlantes fournaises. Ils reçoivent en moyenne, pour leurs journées ou leurs nuits de travail, un salaire de 3 francs. Certains ne reçoivent que 2 fr. 55 ; quelques-uns gagnent 5 francs et de très rares 10 francs. « Mais bien sûr, disait d'un ton satisfait un contremaître à M. Huret, qu'il y en a plus à 3 francs qu'à 10; c'est même la très grande majorité. >l Oui, la très grande majorité de ces milliers d'hommes gagnant au plus 3 francs, pour suer, douze heures durant (1), près du métal en fusion et en pétrir de leurs bras émaciés de lourdes masses de fer, de bronze, d'acier, tel est le sort des ouvriers, dans (l) M. Huret nous dit que la joul'Dée de travail est de douze heures au Creusot.
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