LE SOCIALISME ET SES DÉTRACTEURS 559 qui se prépare ; e_ntout cas, il leur faut chaque année, le jour de la fête pacifique du 1er Mai, des troupes de plus en plus nombreuses, pour protéger leurs personnes. Et voilà que questionnés une fois, d'une façon en quelque sorte publique, au sujet du danger qu'eux et les leurs ont tous ressenti, ils n'ont rien de plus pressé que de dire, le sourire aux lèvres, qu'aucun danger n'existe en réalité poureux! Certes nous ne pouvons les prendre au sérieux. Toutefois, s'il y en a parmi eux qui parlent sérieusement, ils sont encore moins forts que ceux qui ne font que fanfaronner,car ils se dupent eux-mêmes. Ayant senti plus d'une fois le danger du socialisme, ils ne peuvent se résoudre à le reconnaître ; ayant vu se remuer sous l'aiguillon de ce même socialisme des masses serrées de prolétaires, ils· préfèrent fermer les yeux, et le qualifier d'utopie ; tout cela montre qu'ils aiment mieux rester dans l'illusion que voir la réalité, nier le socialisme plutôt que d'inventer des moyens pour le combattre, que ce sont, eux, en un mot, qui sont de véritables utopistes, et qu'ils se laisseront surprendre en fin de compte ... par le socialisme. Et la naïve tranquillité de ces capitalistes ne peut nous être désagréable, à nous autres socialistes. D'ailleurs, il ne sera pas sans intérêt pour nous <leconnaître un peu la façon dont les capitalistes se montrent si sûrs de leur société : nous verrons encore une fois défiler devant nous les faiblesses de la société bourgeoise. C'est M. Huret qui a fait les interviews <lont je parle. Dans ses questions aux capitalistes, il se bornait, somme toute, à leur demandElr avec les explications et les ménagements qu'il fallait, ce qu'ils pensaient du socialisme. I Arrêtons-nous d'abord au plus important de ces capitalistes : à celui qui a un rôle de potentat dans la société bourgeoise : au baron A. de Rothschild. M. Huret est allé trouver ce grand personnage à Dinard où il respirait l'air de mer. Quand M. Huret se présenta au château qu'habitait le Baron, ce dernier sortait de table. C'était un bon moment pour causer facilement avec lui. Rothschild, sortant de table, ne se sen.tait certes pas l'estomac èreux, comme c'est le sort de tant de misérables, qui n'ont qu'un morceau de pain pour leur repas : caressé par le bien-être dont !'avait rempli sa cuisine copieuse et saYante, il se laissa aller librement· à la conversation,
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