La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

554 LA REVUE SOCIALISTE plus ou moins empirique, plus ou moins violente, des questions économiques, mais encore celle des questions philosophiques et morales auxquelles est liée l'existence des nations, l'existence de la grande famille humaine. Ce n·est pas pour qu'un certain nombre d'hommes mangent un peu plus, jouissent un peu plus, et travaillent un peu moins, line le socialisme moderne élabore, expose et poursuit ses revendications. Ce n'est pas pour qu'une catégorie déterminée d'hommes soient plus heureux au détriment des autres: - c'est pour que tous les hommes soient plus heureux, plus unis, plus dégagés des soucis égoïstes de la vie individuelle - partant meilleurs. Voilà comment le socialisme tend, non seulement à réorganiser les relations matérielles des hommes entr'eux, sur les bases d'une justice plus équitable et d'une égalité moins illusoire; mais encore à organiser leurs relations morales, sur les bases del 'humamanité, de la solidarité, de l'altruisme (1). Voilà comment le socialisme ne contient pas seulement une doctrine rénovatrice, mais encore les éléments d'un idéal nouveau, d'une nouvelle foi - tranchons le mot: d'une religion. Non plus assurément d'une religion mystique, descendue des impénétrables profondeurs du ciel, mais sortie du cœur, plus encore peut-être que de la raison de l'homme. Oui, tout cela est en genèse dans cette Révolution qui gronde sous nos pieds, dont les secousses souterraines agitent les flots populaires et ébranlent les piliers vermoulus des institutions du passé ; dans cette Révolution que les uns redoutent, que d'autree appellent, et qui viendra à son heure, quelques efforts que l'OIL fasse soit pour la conjurer, soit pour la précipiter. Certes, il serait doux de caresser le rêve d'une évolution pacifique des idées, des mœurs, des institutions politiques et économiques, conduisant, sans secousse ni heurt, les sociétés actuelles dans la voie du progrès, les transformant insensiblement. (1) « La civifüation moderne - dit M. Paul Leroy-Beaulieu - qui a été singulièrement individualiste (et c'était une nécessité, une condition du progrès pendant les trois p1·emiers quarts de re siècle), tend à devenir plus socialiste dans Je sens que ce mot dev1·ait avoir, ou plutôt plus altruiste. >► Et M. Leroy-Beaulieu cite les œuvres <l'utilité ou d'agrément collectifs (ccoles, lavoirs, bains publics, fontaines, égouts, hôpitaux, hospices, asiles, refuges de nuit, squares, jardins, must!es, bibliothèques, etc ... ) créées par les municipalités et par l'Etat, et dont le nombre s'accroit prodigieusement. Mais n'est-ce pas la démonstration de ce phénomène irrésistible de collectivisation sociale qui tend de plus en plus à mettre à la disposition commune les produits de travail de chacun?

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