La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA RÉVOLUTION DE DEMAIN 553 humains qui, avant nous, y ont passé? Ne nous sommes-nous pas trouvés, dès le P.remier jour, nantis d'un capital de richesses, d'un fonds d'inventions et d'arts sans lesquels nous eussions été juste au niveau des sauvages préhistoriques? Tout cela : ces forêts jadis inextricables, éclaircies et mises en rapport; ces fleuves et rivières jadis innavigables, devenus des routes qui marchent; ces champs, jadis incultes, fécondés par une culture séculaire ; ces villes, jadis humbles bourgades, aujourd'hui puissantes cités, où s'accumulent toutes les merveilles d'une industrie dont le point de départ est en des découvertes faites il y a des centaines de siècleR, et dont les développements successifs ont été déterminés autant par le génie d'une succession de savants que par les efforts ùe millions et de millions de travailleurs anonymes ; - tout ce vaste et magnifique domaine ne nous est-il pas échu gratis, et est-il quelqu'un de nous qui puisse à juste titre, prétendre à une part quelconque de propriété sur ce sol, sur ce qu'il contient, et sur ce qu'il produit? Est-il quelqu'un qui puisse, à bon droit, dire: Voici ma chose; car moi seul l'ai créée de toutes pièces, et dans ses éléments constitutifs et dans ses tranformations (1) ? Qu'est-ce même, ::>,uregard de l'immense accumulation d'efforts, d'intelligence et de travail des générations disparues, que la chétive somme de travail, d'intelligence et d'efforts de la génération centemporaine, minute ·de vie qui unit l'insondable passé à l'incommensurable avenir? Et voilà comment, d'abord instinctif, inconscient et grossier, le socialisme qui, jadis, dans un élan farouche de colère et de vengeance, jetait le serf contre le seigneur, l'esclave contre le maître, s'élève à la conception la plus haute et la plus pure du problèm~ humain; comment il implique non plus seulement la solution (1) Il est intéressant de constater que M. Herbert Spel}Cer lui-même, qui eRt cependant un individualiste systématique, conclut à la collectivis11tion du sol: (< Il y a lieu de penser - dit l'éminent philosophe dans ses Principes de sociologie (tome III, page 741-742) - que si la possession p1·ivéedes choses produites par le travail devient plus nette et plus sacrée qu'elle ne l'est à p1·ésent, la terre habitée, que le ti·avail ne saurait produire, finira par se distinguer des autres choses comme un objet qui ne saurait, étre possédé à titre privé. (( De mème que l'individu, primitivement son prop1·emaitre, perd en tout ou en partie cette propriété, durant le régime militaire, mais la reprend A mesure que le régime industriel se développe: de même il possible que la propriété commune du sol, absorbée en totalité ou en partie dans la propriété des hommes dominants d111·antl'évolution du militarisme, repa1·aisse à mesure que l'industl'ialisme s'approche de l'apog~e de son évolution. »

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