La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

552 LA REVUE SOCIALISTE Elle ne peut plus se justifier ni dans son origine, ni dans son processus, ni dans sa fin. Il y a belle lurette que le dogme de la propriété, sacrée, immuable, éternelle, est allé rejoindre les vieilles lunes et les neiges d'antan .. Accrochez par le bouton de son paletot le premier bourgeois qui passera, et demandez-lui s'il croit pour de bon que la Propriété est une institution de Dieu. Il vous rira au nez, et ce sera bien fait. Mais dès lors que la Propriété n'est qu'un fait social, une institution organisée par les hommes, il est clair: 1° que cette institution est modifiable comme les autres; 2° qu'elle doit se modifier dans le sens des conditions morales, politiques et économiques du pays; sans quoi elle deviendrait antisociale et ne tarderait pas à disparaître. Et c'est précisément le cas de la Propriété contemporaine. Quanù nous disons Propriété, il est entendu, une fois pour toutes, que nous visons l'appropriation individuelle du sol, des capitaux et des matériaux, et non pas l'appropriation individuelle des objets et des produits de consommation nécessaires à l'existence : vivres, vêtements, mobilier, logement, etc. Ces objets, assurément, sont par leur nature, destinés à la conservation ou à l'agrément personnels de l'individu qui se les approprie ; tandis que, par leur nature aussi, le sol, les matériaux, les capitaux ont évidemment une destination commune. Il n'est pas un produit du travail humain dont celui qui le façonne n'ait, directement ou indirectement, reçu les éléments essentiels de l'ensemble des générations antérieures. A plus forte raison, il n'est pas un grain de cette planète sur laquelle nous vivons, après tant de milliards d'ancêtres qui, eux aussi, y vécurent; il n'est pas un atome de ses richesses minérales, végétales ou animales duquel un individu quelconque puisse dire : « Ceci est à moi! )) N'estimerait-on pas insensé et bon à mettre aux petites maisons, l'homme qui, sous le prétexte qu'il nage, prétendrait être propriétaire de la mer, ou du moins de la surface liquide sur laquelle il évolue; qui sous le prétexte qu'il respire, soutiendrait que l'air qui l'entoure est à lui; qui, sous le prétexte que le soleil l'échauffe et l'éclaire, affirmerait que ses rayons sont sa propriété? , En définitive, que sommes-nous donc, nous les vivants d'aujourd'hui, sinon les héritiers des vivants d'hier, les frères des vivants de demain ? Nous « faisons la chaîne », comme l'a dit un penseur cité par Renan dans ses Feuilles &tachées. Est-ce que, venant au monde, nous ne l'avons pas trouvé déjà aménagé, amélioré, enrichi, par les travaux des myriades d'êtres

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