La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

550 LA REVUE SOCIALISTE des mers, ou le flot de la marée, qui deux fois par jour vient. ébranler ùes milliers de lieues de côtes, constituent des réservoirs de force véritablement inépuisables. cc Pour tirer parti de ces forces naturelles, il suffirait qu'on trouvât le secret de les transporter à distance pour les appliquer sur le point où nous pouvons les utiliser et aussi d'emm,agasiner les forces qui ne se développent que d'une façon intermittente, pour les employer au moment où nous en avons besoin. Or, l'électricité paraît susceptible de nous rendre ce premier service et peut-être même le second. cc Peut-être même y aura-t-il là le germe d'un révolution heureuse dans l'industrie. Si, un jour, la force motrice pouvait être distribuée à domicile, comme l'eau et le gaz, et s'il suffisait de tourner un robinet pour se la procurer, on ne verrait plus ces immenses ateliers qui constituent pour les populations ouvrières des milieux eux-mêmes malsains, aussi bien au point de vue hygiénique qu'au point de vue moral, et qui, entr'autres inconvénients, ont celui de rendre la vie de famille impossible. >> On le voit: la liberté individuelle, c'est-à-dire l'indépendance relative clans le travail, la reconstitution de la maison, par la vie de famille redevenue possible; la femme et les enfants restitués au foyer; l'ouvrier,. en un mot, d'instrument inconscient de la machine, de paria, exclu, de par les nécessités du travail, de toutes les joies, de tous les droits, de tous les devoirs de l'existence familiale, redevenu dans une certaine mesure, l'artisan du moyen-âge, vivant et travaillant chez lui, au milieu des siens; - cette liberté individuelle, la seule vraie, la seule légitime, la seule nécessaire, a-t-elle rien de commun avec la prétendue liberté individuelle accordée par exemple au petit boutiquier, de lutter, comme il pourra, à ses risques et périls, contre la concurrence des. grands magasins; à l'employé de chemin de fer de débattre le taux de son salaire et la durée de son travail contradictoirement avec le directeur de sa Compagnie; en définitive, à ceux qui n'ont. rien de discuter les conditions de leur concours avec ceux qui ont tout? Du reste, qu'on le veuille ou non, la division du travail, née du machinisme moderne, est, comme le dit très bien M. Gide - a: une conséquence inévitable de l'organisation de la production, qui tend à absorber de plus en plus la vie individuelle au profit de la vie collective. » La liberté! on ne saurait mieux la définir que ne l'a fait un économiste de bon sens - il y en a quelques-uns - M. Dunoyer~ cc J'appelle liberté ce pouvoir que l'homme acquiert d'user de ses forces plus facilement, à mesure qu'il s'affranchit des obstacles

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