La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA RÉVOLUTION DE DEMAIN 549 On a, d'ailleurs, une certaine tendance d'esprit à ne voir dans le régime collectiviste qu'un système qui doit avoir fatalement pour effet, sinon pour but, de concentrer les métiers et industries en de vastes agglomérations d'ouvriers, travaillant pour ainsi dire à la façon des moines dans un couvent de trappistes. C'est là une erreur, née sans doute du spectacle de la concentration actuelle, croissante, des travaux dans les usines, mines, -chantiers, chemins de fer, etc .... Mais cette concentration est un résultat accidentel du fonctionnement actuel des forces motrices et mécaniques, qui ne peuvent être mises en action qu'à grand prix et sur des points localisés. 1 Or, à cet égard, l'état présent des connaissances scientifiques et des découvertes déjà réalisées ou sur le point de l'être nous autorise à prévoir que le XX0 siècle apportera une révolution profonde dans le régime même du travail. Ne peut-on dès aujourd'hui prévoir l'heure prochaine où la vapeur, le gaz, l'électricité, dont il est possible de tirer des forces motrices pour ainsi dire illimitées, seront distribués sur tous les points du pays, et mis à la disposition de chacun, selon ses besoins, absolument comme nous voyons l'eau, le gaz d'éclairage, le téléphone mis au service des besoins individuels ? « On a calculé - dit M. Gide (Princi"pes d'économie politique, p. 115) - que la force motrice des seuls cours d'eau de la France, qui se dépense inutilement à user des galets, représentait quelque chose comme trente millions de chevaux-vapeur, c'est-àdire une force au moins égale à celle de tous les hommes en âge de travailler que compte à cette heure l'espèce humaine. « Une seule chute, comme celle du Niagara, suffirait à toutes les usines de l'Angleterre. Que dire de la force cachée dans ces immenses fleuves maritimes, tels que le Gulf-Stream! Un cyclone, dans les quelques jours de son existence, développe assez de force motrice pour faire marcher toutes les usines du monde pendant mille ans, et les vagues que le vent soulève à la surface immense de la lutte pour l'existence, reconnait que cette lutte diminue d'intensité, devient de moins en moins indispensable, à mesure que s'accomplit l'évolutiou sociale : « La lutte intersociale pour l'existence - écrit-il, - qui a été une con- •dition indispensable de l'évolution des sociétés, ne jouera pas nécessairement -dans l'ave11ir un rôle semblable à celui qu'elle a joué dans le passé. • (Principes et Sociologie. - 'f. III. p. 328.) Et aillem·s, dans le même ouvrage, Spencer prévoit la transformation sociale des régiments militaires en régiments indusfriels, et l'abolition de la ,guerre.

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