La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

018 LA REVUE SOCIALISTE Ils n'ont, à coup sûr, pas non plus la liberté de débattre leurs salaires, sauf en des catégories et en des cas tout à fait exceptionnels, puisquïl est démontré que, pour la plus grande masse des onuiers, le taux du salaire ne dépasse jamais, quoi qu'ils fassent, le quantum strictement nécessaire à leur subsistance. • Et quant aux artisans, aux commerçants, voués à tous les hasards d'une concurrence de plus en plus âpre et féroce, dominés par la haute industrie, par le haut commerce centralisés sous la direction de puissants syndicats financiers, dira-t-on qu'ils jouissent de la plénitude de leur liberté ? Amère ironie ! Liberté de faire faillite et de retomber dans le salariat : telle est la seule, en effet, à laq nelle ils puissent aspirer. Darwin nous montre toutes les espèces, végétales et animales, soumises à l'inéluctable loi de la lutte pour la vie, les plus forts éliminant sans pitié les plus faibles. L'espèce humaine, comme les autres, a subi cette loi. Mais apr~s avoir dompté sous le joug de son génie tous les êtres animés qui l'entourant, et qui, jadis, la menaçaient ou entravaient son expansion ; après avoir domestiqué à son service les animaux utiles, et jusqu'aux forces de la nature: l'air, l'eau, le feu; conquis la terre et découvert le ciel ; après avoir ainsi assuré la sécurité de son existence et s'être emparée de toutes les ressources propres à développer le bien-être de chacun de ses membres : alors que, grâce à l'accumulation des matériaux et des capitaux industriels, les sociétés civilisées possèdent les moyens certains, évidents, non seulement de garantir l'existence matérielle de chacun des individus qui les composent, mais encore, grâce aux progrès des inventions mécaniques et aux puissants résultats ùe la division <les travaux combinée avec l'association des travailleurs, d'améliorei· de plus en plus cette existence, et au surplus, de pourvoir largement à celle des faibles, des infirmes, des vieillards, des femmes et des enfants; quand on pourrait attribuer à chacun sa part suffisante, et même un peu au-delà, sans compromettre la surabondance pour tous ..... - les hommes continueraient à se battre entr'eux, à se déchirer, à se détruire, uniquement pour que quelques-uns aient davantage que les autres ? Et c'est au nom de cette prétendue liberté individuelle, qui ne serait que la liberté du vol, de la misère et de la mort, que des économistes attardés osent préconiser comme l'idéal définitif de l'humanité les sinistres fatalités qui asservirent son premier âge !..... (1). (1) Herbert Spencer; qui est cependant un des disciples philosophiques ùe Darwin, et qui a appliqué dans toute sa rigueur à la sociologie le principe

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