511 LA REVUE SOCIALISTE ayant reçu <lel'ensemble ùe leurs prédécesseurs humains un capital moral, intellectuel et matériel accumulé, à travers la longue série des siècles, par les concour:, personnels de tous les êtres pas::;C:-dso, ivent le transmettre sinon accru, ùu moins non-ùiminué, à l'ern;emble de leurs successeurs ? Il ne faut pas tiue les arbres nous empêchent de voir la forêt; il ne faut pas non plus que la forêt nous empêche ùe dü,tinguer les arbres. ~ans aucun doute, c'est l'association des intli vidus qui compoH" la collectivité sociale; c'est l'ensemble des intérèts indiYidul'ls qui constitue l'intérêt général. Il n'en est pas moins Yl'ai qu'au point de Yue moral et intelkctuel, chaque individu doit savoir et sentir que seul,isolé,il n'est l'icn, il ne peut rien; que la faible portion d'activité, d'efforts, de g{•nie :ii l'on veut, qu'il met au service de la société, bien qu'utile iL l't•xistence de cette société, ne lui est pas indispernmble; qù'elle est rn{•me pen de chose, un appoint infinitésimal comparé à la ma:i:i.:Iles efforts, de l'activité, <lugénie de ses semblables réunis; que même cette infinitésimale portion, il 8erait incapable tic la fournir, sam; le concom·n indirect qu'il a reçu de ses prédéces:-ieurs lnunains, sans le concoul'S direct qu'il re,,oit de l'ensemble de ses cont0mporainA. Il n'en e8l pas moins \Tai qu'au point de vue économique, et comme conséquence <lupoint de vue supérieur que je viens <l'énonCèr, l'intérêt de chacun de nous n'est pas clans l'isolement, l'abstention, l\~goïsme ; mais, au contraire, dam; le concours, la coopération, l'altrui8me. J l' s:1isq ne la grosse objection opposée aux théories socialistes, c'est qu'elles anéantissent la liberté indi\·iduelle. Et - rencontre singa fü\r~ ! - c'est dans cette objection fonclamentale que se concentn·nt et fraternisent les conservateurs bourgeois et les anarchist s. Quancl - <lit-ou - toutes les professions seront organisées sous le mode collectif, c'est-à-dire quand les chantiers, ateliers, usineH, magasins, au lieu d'être exploités pour le compte d'un particulier ou d'une société privée, le seront par les travailleurs euxmêmes organisés en syndicats, pour le compte de l'Etat (et par Etat j'entends l'ensemble réel, vinnt, des in<liYidus groupés, soit dans la commune, soit clans la province, soit dans la nation : car il y a au moins ces trois états dans l'Etat) il est clair que tous: ouvriers, artisans, employés, seront transformés en fonctionnaires, soumis à une discipline rigoureuse, jugulés par une règlementation inflexible; qu'ils devront produire, en quelque sorte mécaniquement, automatiquement, et que, ayant perdu cette ressource précieuse de pouvoir changer de patron - puisqu'il n'y en aura plus - ils auront, ipsofacto, perùu toute liberté individuelle.
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