' LA RÉVOLUTION DE DEMAIN 543 toutes les aise~, toutes les jouissances, tous les luxes, toutes"les superfluités et toutes les splendeurs de la richesse ? Est-il juste, est-il humain, que la répartition des produits de l'activité, du travail, soit faite de telle sorte que ce sont les plus oisifs qui reçoivent le plus, les plus actifs qui reçoivent le moins ? (1). Mais surtout est-il Juste, est-il humain de concevoir la société comme une réunion fortuite d'individus indépendants les uns des autres, dans laquelle la loi du plus fort - ou du plus coquin - doit régner; et ne faut-il pas plutôt la concevoir comme une véritable association, ainsi que son nom l'indique, entre individus qui, (1) « Sans doute, la nature a fait les hommes inégaux en force, en santé, en intelligence. Toutefois, les inégalités qui tiennent à la réP.artition des richesses paraissent dépasset· de l,eaucoup par leul's pt·oportions celles qui résultent de la nature. Les différenc<-'squi peuvent exister enke la taille d'un géant et celle d'un nain, entre la force musculaire de l'homme le plus robuste et celle du plus débile, probablement même ent1·e la capacité intellectuelle d'un homme de génie et celle d'un esprit borné, si on pouvait les mesurer à quelque dynamomètre, ne sont que bien peu de choses à côté de la prodigieuse différence qui existe entre tel ouvrier de nos campagnes qui gagne à grandpeine un millier de francs par an, et tel lord auglais, dont le revenu s'élève à une vingtaine de millions de francs. Le rapport est de ·l/20.000'. C'est-àùire qu'un seul homme peut posséder pout· sa pa1·t une somme de richesses sufftsante pour faire vivre 20.000 personnes, - la population d'une ville impot'tante. « La surprise qu'un fait aussi énorme peut nous causer redouble, si nous réfléchissons que, d'ordinaire, le revenu le plus minime rémunèt·e le tra"ail le µlus pénible, tandis que le 1·evenu le plus él(),•é ne récompense que l'oisiveté; - l'échelle de la rémunération pour chaque homme semblant ainsi ,•arier en raison inve1·se de la peine qu'il prend. (( Et cet étonnement devient de la tristesse si l'on considtlre combien d'autres inégalités plus cruelles et plus douloureuses entraine après elle l'inégalité des fortunes. Ne parlons ni du vice ni de l'ignorance, qui peuvent bien pourtant, dans une large mesure, être regardés comme des conséquences fatales de la misère : ne considérons que ce bien par excellence auquel il semble que tous les hommes devraient avoir des droits égaux; je veux parler de la vie. Eh bien I elle est très inégalement dispensée aux riches et aux pauvres, et la statistique démontre que la vie est deux fois plus longue dans les classes riches que dans les classes pauvres. En sorte que. par une cruelle ironie du sort, d'autant plus petite est la part de richesses qui revient à un homme, d'autant plus grand est Je tribut qu'il doit payer à la maladie et à la mort. « En Angleterre, la vii, moyenne dans les classes riches, est évaluée à 44, et même à 55 ans. Celle des classes pauvres est évaluée à 22 et s·abaisse même (à Manchester) à 17 ans. D'après 1\1. Loua (Economiste français - 1882), voici quels seraient les chiffres de la mortalité annuelle. à Paris: (( Par 10.000 habitants : Classes riches (lt aisées : 156. - Classes pauvres: 285. •> (Ch. Gide: Pi-écis d'Economie politique.) '
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