512 LA REVUE SOCIALISTE j'tillir une morale nouvelle, qui apporte au monde un idéal de justice, <lepitié, de charité, de fraternité, d'humanité, que le monde a toujoar.; rêYé, mais qu'il n'avait pas encore entrevu. Car il n'est pas vrai que la question sociale ne soit qu'une questiondevantre; il n'est pas vrai que l'homme soit seulement un animal qui mange, boit, se rassasie d'amour, et s'endort. C'est aussi un être pensant qui, invinciblement, aspire à la vérité, à la justice; c'est un être sociable, le plus sociable des êtres, physiquement impropre à la vie isolée, admirablement doué pour la vie collecti.ve ; plus sensible, infiniment, aux souffrances morales qu'aux doulem·s matérielles; capable, en un mot, des hautes actions, des héroAues sacrifices, bien plus par sentiment (amour, haine, orgueil) que par nécessité. Je parle de l'homme contemporain, produit ultime d'une colossale série ùe générations, à travers lesquelles les facultés supérieures de la race se sont lentement, mais continuement affinées et fortifiées; en sorte qu'aujourd'hui on peut dire, sans vaine gloriole, qu'elles dominent, dans la plupart des individus isolés, les instincts inférietus. N'est-ce pas ainsi que, de la horde, l'homme s'est élevé à la tribu, de la tribu à la cité, de la cité à la patrie, et que désormais, dans ses aspiration~, il embrasse l'Humanité tout entière ? N'est-ce pas ainsi que <le la promiscuité des sexes, il s'est élevé à lElfamille, et de la pantagomie à la monogàmie ? N'est-ce pas ainsi que de l'idée de solidarité et ùe fraternité, d'aborJ rMuite au clan, it la cité, à la patrie, il s'est élevé à l'idée de solidarité et cle fraternité universelles, qui aujourd'hui l'agite? Non, l'homme n'est pas seulement un efitomac qui digère. C'est encore, c'est surtout un cerveau qui cherche le Vrai, un cœur qui aspire au Bon et au Beaù. Ce qui pousse les masses vers le socialisme, c'est, outre les misères qu'elles ressentent, un profond sentiment de Justice et <l'Humanité. E.;t-il juste, est-il humain que, dans une société soi-disant civilisée, il y ait des individus qui travaillent sans pouvoir vivre, et d'autres qui vivent sans travailler ? Est-il juste, est-il humain que, grâce à notre organisation politico~économique, en France, par exemple, selon les dernières statistiques de M. Bertillon, la misère tue, chaque année, quatrevingt-<lix mille individus ? Est-il juste, est-il humain qu'une majorité de plus en grande d'hommes soient voués, depuis leur enfance jusqu'au complet épuis3ment de leurs forces, aux privations. à la clétresse, uniquement pour procurer à une minorité de plus en plus restreinte
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