LA REVUE SOCIALISTE Cela dit les vainqueurs reto:.irnèrent dans leur faubourg, sous. leurs taudis où les attendaient leurs familles éplorées devant la huche sans pain et le foyer sans feu, La monarchie orléaniste répondit à la touchante doléance par l'envoi d'une armée menaçante. sous le commandement de Soult flanqué du duc d'Orléans et par un système de sévère compression. De nouvelles insurrections prolétariennes toutes vaincues, hélas !' répondirent à ce déni de justice. Les vainqueurs de Février mirent trois mois de misère au service de la République. On y répondit par des provocations, si bien qu'à l'ancien cri des canuts lyonnais de 183 1: Vivre en travaillant ou lll011rir w combatt.rnt, les prolétaires parisiens durent se résigner à la terrible insurrection de Juin. Elle fut aussi vaincue et réprimée avec une cruauté telle qu'à côté du général Cavaignac, le maréchal Soult peut passer pour un modèle d'humanité et de bonté. Sans aller encore jusqu'à la théorie de la lutte des classes que· Marx et Engels venaient justement de formuler, les travailleurs virent quïls ne pouvaient compter que sur eux-mêmes et ils se préparèrent à porter le combat sur un autre terrain. La réaction, partout triomphante, étouffant toute initiative, ce n'est que seize ans après, le 28 septembre 1864, à Saint-Martin's Hall, à Londres, que dans une réunion de socialistes et de délégués ouvriers de France, d'Allemagne, d'Angleterre, de Belgique, de Suisse et de Pologne, put être fondée l'AssociatitJ11!ntematio11ale des Travailleurs qui annonça son existence par l'impérissable déclaration suivante : << Q:,e l'én'iancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mèmes, que les efforts des travailleurs pour conquérir leur émancipation ne doivent pas tendre à constituer des nouveaux privilèges, mais à établir pour tous des droits et des devoirs c;aux, à anéantir la domination de toute classe ; <• Que l'assujettissement économique du travailleur aux détenteurs des moyens de travail, c·est-a-dire des sources de la vie, est la cause première de sa servitude politique, morale et matérielle ; « Q1e l'é.nancip1tio,i économique des travailleurs est conséquemment le grand but auquel tout mouvement politique doit être subordonné comme moyen ; « Qie tous les efforts faits jusqu'ici ont échoue, faute de solidarité entre les ouvriers des diver:1es professions dans chaque pays, et d'une union fraternelle entre les ouvriers de diverses contrées ; « Que l'émancipation du travail n'étant un problème ni local, ni national, mais social, embrasse tous les pays dans lesquels la vie moderne existe, et nécessite pour sa solution leur concours theorique et pratique ; << Que le mouvement qui reparait parmi les ouvriers des pays les plus industrieux de l'Europe, en faisant naître de nouvelles espcran.:cs, donne un solennel avertissement de ne pas retomber dans les vieilles erreurs et les pousse à combiner immédiatement leurs efforts encore isolés ; << Par ces raisons : « Les soussignes, membres du conseil élu par l'Assemblée tenue le 28 septembre 1864, à Saint-Martin's Hall, à Londres, ont pris les mesures nécessaires pour fonder·
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==