524 LA REVUE SOCIALISTE et les paralysent, non seulement l'homme a été porté davantage à intervenir, mais son action a été d'autant plus efficace et plus étendue que la complexité des rapports était mieux connue. Les lois naturelles de la vie n'ont jamais empêché un médecin d'intervenir pour sauver un malade. Les lois naturelles qui régissent l'o1·ganisme social ne sont pas une raison pour que le législateur sa croise les bras et laisse écraser les faibles. De plus en plus nombreux d'ailleurs sont les économistes qui admettent que l'école de Manchester a fait son temps et que dans le contrat de trJ.vail, par exemple, il ne faut pas voir la marchandise-travail, mais l'homme qni travaille et qui doit être i:;rotégé, s'il n'est pas assez fort pom' se protéger lui-même. L'intervention de l'Etat sera donc une question de fait et de mesure; elle sera jugée nécessaire quand les réformes devront, pour être vraiment efficaces et justes, atteindre une généralité que l'initiative des individus et des associations ne peut leur donner qu'avec une extrême lenteur, et au prix de durs sacrifices et de longues perturbations sociales. Par exemple, les patrons bien intentionnés seraient dans des conditions inférieures vis-à-vis des patron.s indifférents ou égoïstes si les mesures protectrices du travail, si les assurances ouvrieres, n'atteignaient une extension aussi grande que le champ même de la concurrence. Cette conception du rôle de l'Etat implique évidemment une conception de la liberté qui s'éloigne beaucoup de celle des individualistes. Pour ceux-ci, la liberté consiste dans le droit d'être libre; pour les socialistes, au contraire, c'est le pouvoir d'être libre. Purement négative et formelle pour les uns, elle ne devient positive, pour les autres, que si elle implique une puissance effective. Dans ce sens, l'intervention de l'Etat, bien qu'elle limite le domaine de la liberté négative1 devient un moyen de réaliser la liberté positive. Lorsqu'on prétend rendre une industrie plus libre en la soustrayant à l'influence de la loi, les travailleurs tombent sous la domination d'une force irresponsable, qui doit atteindre son but sans s'inquiéter des misères poignantes qu'elle répand autour d'elle. III. - Le troisième caractère qu'H. Denis tr01we au Socialisme1 dest que toutes ses écolesenvisagent la propri'été conime ime -institution historique1 tou/ours modifiable et pe1fectibk. Elles tendent, par sa transfonnat?°on graduelle1 à faire disparaître les oppositions a:1·ntérêtsqui e:i:istententre lesfacteu1's de la production1 et à faire partic1jJe1·tous les travaaleurs à la propriété ou à la jonissance des inst1·wnents de travail. Elles s'efforcent d'y atteindre en la constituant tantôt en mode sociétafre oit coopératif,
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