La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

BULLETIN 519 Dans son interpellation à la Chambre,Basly a encore accentué comme suit: 1· Il y a eu atteinte au libre fonctionnement des chambres syndicales; 2· Il y a eu atteinte au suffrage universel ; 3· Il y a eu ernbauchage d'ouvriers étrangers au détriment <le nos nationaux ; 4· Que compte fair?, le gouvernement pour empêcher le retour d'événements comme ceux qui se sont passés à Lens et a ·Liévin en juillet et en aoùt derniers? Pourquoi les Con,pagnies se sont-elles refusées a rei:onnaitre aux ouvriers le droit de se syndiquer? L'obstruction systématique des Compagnies s'est manifestce pat· la réduction des salaires. Les militants de 1a gré,·e <le1889 sont restés sur le pa'l'é, bien qu'on ait repris à cette époque 753 mineurs; leur seul tort était d'avoit· réclamé une augmentation <le salaire. Les Compagnies ont provoqué elles-mêmes le conflit en août dernier. On a congédié 300 ouniers dans l'an·ondissement de Béthune, alors qu'on demandait aux Compagnies, non pas même de renvoyer les ouvriers étrange1·s, mais <l'embaucher des ouvriers français. De3 manifestations se sont produites, notamment au départ ries résenï'stes pour leurs 28 jours. Les Compagnies poussent les ouvriers dans la voie cléricale et les congédient quand ils n'y entrent pas. Elles entretiennent par l'œuvre d.,.s cercles catholiques une propagande hostile à la République. On fait distribuer gratuitement dans les ëcoles le journal La Croix, et cela dans certaines usines par les soins d'tm ingcnieur belge, qui renvoie les ounie,·s lorsqu'ils sont nommés conseillers municipaux, en portant ainsi atteinte au sulT,·age universel. Ce n'était pas là un début, Lafargue nous l'apprend dans le Socialiste : Il y a quelques années, les Compagnies de chemins de for, pressentaut le dar,ger que courait la domination capitaliste, avaient pris un oukase ordonnant à leurs employcs de démissionner des corps élus dont ils faisait partie. Cela fit tapage à l'époque. Un membre dn parti ouvrier, qui était conseiller municipal à VilleneuYe-Saint-Georges, prés Paris, refusa d'abandonner la place où l'avait envoyé la confiance de ses concitoyens: il fut congédié sans tambour ni trompette. L'alîaire fut portée à la Chambre et les dëputés c;;.pitalistes, issus du suffrage universel, approuvèrent cette atteinte portce au suffrage universel; eux qui sont toujours disposés à voter dt:'s miilions pour subventionner les Compagnies de chemins de fer, avouérent qu'ils étaient impuissants pour protéger leurs employés, alors même qu'ils étaient comme eux, des élus du suffrage universel. Notre ami resta bel et bien congédié. L'exemple a porté fruit: partout ou les ëlecteurs, au lieu de nommer dei: capitalistes, choisissaient un ouvrier ou un socialiste, son affaire était réglée d'aYance, il était expulsé de tous les ateliers et était obligé de gagner son pain par n importe quel n,étier. Dormoy, conseiller municipal de Montluçon et bon ouvrier mécanicien fut ', forcé àe vendre de porte en porte de l'huile, et. ce commerce ne lui rapportait qu'une moyenne de 2 fr. 50 par jour ; à Roanne et ailleurs, les élus devenaient marchands de légumes, de journaux, débitants de vin, cabaretiers. Dans plusieurs villes, les camarades se cotisérent afin de leur fournir des fonds pour' s'établir; dans les départements du Nord, ce sont les brasseurs qui fii-ent les frais de leurs établissements pour y écouler leur biére. Les capitalistes ne se contentent pas de pourchasser l'élu; ils étendent leur

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