La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

BULLETIN' 517 l\I. Reille ... Et pourquoi? ... Pas même pour cinquante centimes de plus de ~alaire ... Non, poÙr ces calembredaines: le suffrage universel, la solidarité des travailleurs I Cette grève, véritablement, n'a aucune explication! Et vous avez continué le conflit; et vous l'avez continué ... gaiement .•. ce serait trop dire, les enfants avaient faim ... la femme avait faim ... la femme qui, tout le temps, aurait soutenu votre courage, s'il avait eu besoin d'être soutenu. Vous avez été en avant-garde. Nou, la Françe n'est pas devenue le monstrueux: champ de bataille d'intérêts matériels qu'on en voudrait faire, .. Vous avez donné le coup de clafron: on vous suivra. Vous étiez résolu à risquer les derniers sacrifices, comme vos pères de 89 et de' 92, comme ceux de 1830 et de 48. La graine de ceux-la semblait perdue: vous avez prouvé le contraire. Je J'avoue, je n'ai jamais eu une émotion aussi profonde, qu'en demandant à ces vaillants d'acc,•pter Je traité qu'on leur offrait, a\·ec uue victoire certaine, mais entourée de telles restrictions apparentes, qu'ils n'y pouvaiant pas croire. lis étaient ulcérés de méfiance. Et je fais a nos ministrrs,·mème à ceux du centt-e gauche, l'honneur <le croire·que s'ils avaient pu voir s11rplace le rôle de le1Jrs subo1·donnés, ils auraient été les premiers à le déplorer: il faut bien que cela soit, puisqu'ils l'ont modéré souvent. Là-bas, tout ce qui est officiel n'est pas à la République, - c'est au baron Reille. li faudra peut-êtri> raconter un jour, avec les détails que nous avons recueillis sur place, l'histoire incroyable de ce conflit. Oui, nous sommes venus demander à ces vaillants, au nom de la cause à laquelle ils avaient sacrifié, et leur pain, et leur vie même, l'acceptation de conditions ou toute la France a vu leur ,•ictoire ..... où, tant de fois trompés, ils auraient été tentés de ne voir qu'une tromperie nouvelle. . On a parlé de meneurs, suscitant, exploitant leur;; colères. Où étaient-ils donc, ici, les sui-disant meneurs? Tous ne poursuivaient que la reprise du travail. Chacun rle ceux: qu'on représentait comm~ des spcculateurs en grève, cherchant dans le saog, je ne sais quel ignoble avantage personnel, pouvaient peut-être, d\m mot, arrêtei- l'apaisement; tous ont travaillé au résultat. Non, jamais je n'ai vu de spectacle plus émouvant que celui du comitë de la gréve quand il prit sa décision. Nous avions multiplié les derniêres objurgations: la misère ... ils la supportaient depuis trois mois ... les périls ... peu leur importait ... Une seule raison a pu les dètermine1·; l'intét·èt de la République et des prol-(rès sociaux ... Le comité, où il y avait des passionnés, a voté la reprise clu travail au scrutin secret ... à l'unanimité. Ils nous l'ont dit après : chacun croyait que sa boule blanche serait la seule. Et quand ils annoncërent le résultat, tous se mirent, à fondre en larmes I Ils craignaient encore pou1· leurs camarades sacrifiés: ils avaient jure de ne pas les abandonner 1 Et quand nous avons vu ceux-là à la prison d'Albi, ce fut le langage contraire: « Faites votre possible pour ceux qui sont përes de famille ... Puisque Ja cause du droit populaire a triomphé, cela nous suffit! » Et c'est ensuite, devant les trois mille travailleurs qui souffraient de la misère depuis trois mois, c'est ensuite que nous avons craint de voir la méfiance profonde, aprës tant de déceptions. l'emporter sur la certitude de la victoire. Nous remercions ces braves de n'avoir pas une minute douté de notre sincérité. Malgré cela. ils 1·èsistaient, ils nous croyaient trompés. Pendant tout cela, au milieu de profondes angoisses, nous comparions ••. ·nom; comparions lt>srépu 0 blicains a·rrivés, qui ne peuvei;it plus nier, ~prés la parole de M. Loubet, qu'il n'y eùt le bon droit du côté de la grève ; qu'il n'y ait eu atteinte au suffrage universel ; et qui se· font les agents de M. Reille, et qui applaudissent à toutes les vexations, à toutes le provocations;_ et qui,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==