La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

516 LA REVUE SOCIALISTE JI y a cinquante ans, un ouvrier n'aurait même pas songe une minute à manifester les prétentions de Calvignac. Un contre-maitre lui aurait régieson compte. et il serait parti sans oser faire une observation. Figurez-vous un patron entrant, il y a vingt ans seulement, dans le cabinet de M. Loubet, à Montelimar, et lui disant::< Je viens de congédier uu ouvrier dont je ne suis pal' content, et il prétend avoir le droit de rester quand même à mon service. » L'excellent Loubet aurait levé les bras au ciel. Si vous la regardez de près, en effet. cette dé:cision est un des actes les plus rëYolutionnaires qui soient. Ce parfait bourgeois a porté un coup terrible aux droits du patl"on'l.t et consacré par sa sentence des idées qui, vers 1835, auraient justifie des poursuites en cour d'assises. Il accorde évidemment à l'ouvriE>rune sorte d'hypothèque sur l'usine dans laquell,: il travaille. Tous ces droits, on ne les a pas donnés au:):ouvriers, ils les ont pris ; ils les ont conquis un à un par une géuéreuse tendance à se révolter toujours, par l'esprit de sacrifice qui leur fait accepter pendant de longs mois de douloureuses privations, par le devouement de milliers d'êtres obscurs qui ont organisé des grèves qui n'ont pas réussi et qui ont été mis en prison sans que Je monde sût même leur nom ... (E. DRUMONT). Tout en n'acceptant pas les clauses de l'arbitrage, que par la. plnme d'Henri Rochefort il qualifie ainsi : le partage décidé par M. Lonbet est celui de Montgomery: tout d'un cûté rien de l'autre, l'Inlransigeant ne juge pas moins favorablement l"attitude des mineurs auxquels il a montré sa sympathie par une souscriptiou qui dépasse 18.000 fr. Du XIXe Siècle: Ah I l•s braves gens I Mais quels de,·oirs cette attitude impose au gouvernement et au parti republi~ain ! Je ne parle pas seulement des satislactions promises et dues à la population de Carmaux: je parle des obligations qu'elle crée ·pour l'avenir. Les travailleurs Yiennent de prouve1· leur capacité et leur sagesse politique. C'est uu avertissement décisif. A,·eugle qui ne le comprendrait pas. (A. MtLLERAND). Nous pourrions continuer par la Petite République française, la MarseillaisP-. la 1,·atzon, le Petit Parisien et tous les journaux avancés de Paris et des départements. Partout le langage a été identique: mais ce serait tomber dans les répétitions, et nous préférons terminer par cette claironnée de Camille Pellctan dans la Justice: li fut un temps où l'honneur de la patrie française était attaché au dé,·ouement intrepide que les mœurs populaires avaient voué à l'idéal de justice et de progrès, legué aux générations actuelles par la démocratie. C'est li,. CtJ qui faisait la France grande dans le monde; c'est là ce oui faisait que chacune de ses commotions remuait le globe; c'est là ce qui faisait qu'il fut un temp1:1où tout homme de cceur d'une nation etrangëre disait Je mot connu : « J'ai deux patries : la mienne d'abord, la France ensuite 1 » Nobles amis, que nous avons vus a Carmaux, vous êtes restés des Français de cette B'rance-la. Regardez les dirigeants d'aujour<i'hui ! « Comment une telle lutte! Une lutte qui nous gêne ... qui peut nous obliger à ,·erser Je sang pour

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