La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

CORRESPONDANCE 505 (< Vous reche1·chiez les responsabilités morales, moosiem: le procureur, mais les Vl)ilà; oui, il y a de1·riê1·eles clix mineurs qui sont là des gens qui devraient être •assis sur ces bancs, si la loi morale était applicable. Et, puisque la justice est impuissante à les punir, je les traduis, moi, devant le tribunal de l'opinion publique. Ces gens ce sont ceux-là qui ont fait la provocation la plus éhontée à la grève, qu'ils ont cherchée, qu'ils ont voulue et qu'ils ont eue. Ces gens ce sont les gens de la Compagnie. (c Et l'éminent défenseu1· démontre comme nous l'avons fait nous-même, que le renvoi de Calvignac était injustifiable. << Le motif invoqué par la compagn,e, s'écrie l\l. l\Iillerand, est un mensonge. Si la compagnie a renvoyé Calvignac, c'est qu'elle était certaine que ce renvoi amènerai la grève; cette grève, on l'a recherchée avec tant d'ardeur, tant de passion qu'on a commis un pas de clerc, qu'on n'a pas suffisamment préparé les conditions dans lesquelles elle deYait éclater. ,< Tout cela, messieurs les juges, on le sait à Carmaux. La population tout entière a vécu ces incidents, ne l'oubliez pas, et voilà pourquoi, le 15 août il y avait devant la maison Humblot une foule jetée en avant par des vexations continuées d'années en années et que la ty1·annie politique, venant après le despotisme, précipitait en avant. « Vous prétendez, monsieur le procureur, que, derrière cette foule de deux mille hommes. il y avait des meneurs. Vous oubliez votre p1·océdure. Un de ,·os témoins, le maitre mineur Sablait·olles, vous a déclaré que Planty, l'adjoint de•Calvignao, Garric et autres engageaient les. mineurs au calme. Calvignac lui-même, que vou~ avez, par un oubli singulier, mis seul en cause ce matin comme l'auteur responsable des troubles, est allé à la gendarmerie protéger le dil'ecteur de,; mines. Sans son intervention peut-être la scène du 5 août aurait eu une issue que nous déplo1·e1·ions. << La compagnie osait hier encore affirmer dans un communiqué que son personnel n'avait jamais tenté de se rapprocher d'elle. Que fit-on le 7 août, le ·15août, lor~que ces mêmes meneurs allèrent le tro•1ver pour offrir la mise en congé de Calvignac, poul' tente1· une conciliation. Vous les avez repoussés. S'il y a eu des troubles le 15 août, c'est donc la faute de la compagnie, et elle rtstera l'auteur responsable de la grève et de l'affaire qui est examinée aujourù'hui. Qu'a fait le parquet dans cette situation? Il a, lui le représentant de la justice et de l'administration, cueilli au hasard, contl'e le vœu de l'administration, dix malheureux qu'on vous amène aujou1·d'hui pom· les condamne!'. « M. Millerand démontre ensuite les contl'adictions relevées dans les dépositions des témoins à charge, et notamment du gendarme Ichard, cette Providence du parquet. Il s'élève contl'e l'accusation qui a pris des individus comme boucs émissaires. Pourquoi Salabert, Lucien Léon et Birbès qu'il défend, sont-ils amenés ici? Où sont les preuves? et, reprenant un à un tous les témoignages, il démontre que le parquet n'a pu recueillir contre ses clients absolument aucune preuve du délit qui leur est reproché. <• Eh I bien, ils ont crié : « Ayez pitié de nous l reprenez Calvignac 1 » lis savaient que lui renvoyé, d'antres le suivraient. On n'a pas eu pitié d'eux, puisqu'on les amène ici pour leur faire porter le poids rles fautes commises par une foule anonyme. Ces fautes, ils les ont déjà expiées par six sem~ines de deten~ion préventive. Vous êtes ùes juges, vous ne devez donner q-u'.un verdict d'acquittement et cet acquittement sera accueilli avec allég1·essc, non seulement par cette population de Carmaux, qui, avec une énergie admil'able, lutte <lepuisdeux mois contre les millions de la compagnie, mais encore par .toute la 1''rance républicaine qui accompagne de tous ses encoul'agements, de toutes ses sympathies, de son obole, les etro,-ts de ces travailleurs. »

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