ÉCHOS DRAMATIQUES 469 qui a pour les billets de faveur une horreur non dissimulée, du moins quand il ·s'agit de journaux avancés. Est-ce qu'il serait syndiqué comme ses confrères de Paris? Que devient le petit monde théâtral, pendant que les chefs de .file sont en villégiature ; pendant que les directeurs préparent leur saison, ou trament dans l'ombre, de noirs complots contre les journalistes? Hélas! ils ont leurs vacances eux aussi, les vacances des pauvres, les vacances forcées qui font les jours sans pain! Aux Etoiles les congés sont fêtes et liesse ; ils refusent les engagements! pour quelques notes à chanter ... faux ... parfois, pour quelques mots à dire, ils daignent recevoir de forts cachets, qu'ils ne se donnent pas toujours la peine de gagner. Mais aux petits, tout est peine et misère ; le talent même leur est inutile, si ce talent n'est point coté et tarifé. Que deviennent à plus forte raison, ceux qui n'ont même pas la ressource, comme les artistes de chant ou de diction, de donner quelques leçons? Que dire des choristes, ouvreuses, machinistes, habilleuses, tout un monde ouvrier, que la fermeture des théâtres jette sur le pavé ? Il faudrait expliquer à ceux-là, que la solidarité, l'association, peuvent seules les mettre à l'abri de ces grèves directoriales des théâtres : les congés obligcitoires .' La solidarité, quelle force merveilleuse! c'est elle, bien plus que l'argent, qui a fait les juifs ce qu'ils sont: une puissance avec laquelle on doit compter. Tout métier s'apprend ; on ne s'improvise pas machiniste, ou choriste ou même habilleuse ; en présence d'une grève de ces différents états, les patrons se résigneraient à payer les vaccmces, parce qu'on mange en vacances comme pendant l'année. Hélas! que devient-elle en été la nymphe gracieuse suspendue dans les airs par un gros fil de fer? Et le pauvre diable qui sort d'une boite ? et la fée des eaux, et le génie des mers, et le pauvre hère qui fait la tempête ou la pluie ou le vent ? et le souffleur qui joue tous les rôles, et le sévère contrôleur exposé à tous les courants d'air pour 1.200 francs par an ? Où s'envolent ces pauvres feuilles desséchées par les feux de la rampe? où vont cette légion de pauvres gueux, auxquels on oublie de payer non pas des feux, mais du feu pour se réchauffer quand l'hiver sera venu ? Pour les femmes, la vie est moins rude, elles peuvent ·se vendre; la misère est une entremetteuse habile et toujours prête, soudoyée inconsciemment, je le veux bien, par les directeurs de théâtre. Mais les hommes n'ont pas même cette hideuse ressource ; la famine les guette, les métiers interlopes les cueillent, la lutte pour la vie les étreint,et prépare ces chûtes qui au premier abord paraissent inexplicables. Et alors, quand revient la saison, cette saison qui enrichit les directeurs ! les pauvres affamés se louent pour ce que l'on veut; pour une bou-
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