La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

4.50 LA REVUE SOCIALISTE fabriques (1), tous ces moissonneurs, vignerons, terrassiers? Seulement l'ouvrier n'est dans tout cela qu'un instrument, il n·a aucune part à l'administration, à la direction. Que perdrait-il donc, s'il devenait co-propriétaire de son atelier? Rien. Que gagnerait-il? La sécurité, l'indépendance, une plus équitable répartition des produits, une part légitime dans la direction de son industrie. D'ailleurs Proudhon admet les sociétés coopératives de production qui réalisent la communauté dans le travail, il y a donc chez lui une certaine inconséquence à critiquer la communauté de propriété. Surtout lui qui a lancé ce mot tai:,ageur la propriéte c·est te vol. Les économistes classiques sont, bien entendu, opposés à toute socialisation du sol. Parmi les socialistes, une fraction considérable, les collectivistes ou socialistes d'Etat, demande la socialisation du sol et de l'industrie au profit de l'Etat. Nous avons déjà dit que nous considérions ce moyen comme impraticable, sujet aux abus et conduisant au despotisme bureaucratique. En effet, plus le groupe associé sera considérable, moins l'individu aura d'initiative et de responsabilité, le produit de son travail disparaîtra dans la masse et il n'aura plus qu'un minime intérêt à produire beaucoup et bien. Il faudra dès lors une discipline sévère pour maintenir le travailleur dans s0n devoir et conserver l'activité sociale; une hiérarchie compliquée sera nécessaire et deviendra un obstacle insurmontable à l'égalité en réduisant le simple citoyen au rôle de fonctionnaire très subalterne. La nation formerait alors une immense armée industrielle dont les simples citoyens seraient les soldats et chacun sait que la position du soldat n'e.;t pas le comble du bonheur quoique matériellement elle soit meilleure que celle de l'ouvrier. En outre l'Etat devenant propriétaire et producteur universel, aura à diriger toutes les transactions commerciales et on sait pat· expérience, combien peu cela lui réussit: quand il s'agit des deniers de l'Etat, tout le monde y va largement. Ménager l'Etat! Autant vaudrait économiser l'eau de la rivière ou l'air que nous respiron~. On le voit assez dans les expropriations pour cause d'utilité publique. (1) Le travail en commua, n'a <l'ailleurs rien d'antipathique, au contraire, il est plus agréable que le travail solitaire, excepté pour les trav~ux qui exig~nt une grande attention. •

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