La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

DE LA JUSTICE DANS L'ORDRE ÉCONOMIQUE 449 Une autre façon de procéder, serait la communauté, c'est-àdire l'exploitation d'un territoire en commun par toute une cité et la répartition des produits suivant certaines règles. Ce procédé semblerait se prêter à plus de justice que la propriété individuelle et ne présenterait pas les inconvénients du partage périodique des terres. Il n'a guère été usité que par les communautés religieuses;: cependant on en cite quelques exemples entre personnes libres. Rappelons que c'était la méthode proposée par les socialistes· de la première moitié de ce siècle. Enfin un autre procédé d'exploitation du sol serait d'en attribuer la propriété à l'Etat qui l'affermerait aux citoyP-nsou à des sociétés ouvrières, ou bien qui l'exploiterait lui-même. Je ne crois pas nécessaire d'insister sur les inconvénients d'une exploitation directe par l'Etat. L'affermage lui-même donnerait lieu à des difficultés sérieuses ... Il semble que l'appropriation par groupes (communes ou cités) se prêterait mieux qu.e tout autre procédé à une équitable répartition des produits et pourrait encore laisser à l'individu toute la liberté compatible avec l'i'ltat de société. Concevons, par exemple, un territoire comme la France di visé en communes, chaque Commune étant propriétaire de son sol inaliénable, s'administrant elle-même, cultivant son territoire, vendant ses produits, dont la valeur serait répartie entre ses membres proportionnellement à leur travail, puisque tous auraient des droits égaux. Ici l'initiative privée ne serait pas détruite, elle s'exercerait. à l'égard des affaires de la commune dont l'administration appartiendrait à tous. Nous n'avons fait là qu'une hypothèse, mais on ne voit pas qu'elle soit impossible. Cependant ce système a été combattu par beaucoup d'écrivains, notamment par Proudhon. Il condamne la communauté au nom de la liberté, mais s~s arguments portent sur une communauté totale de biens, il n'envisage pas le cas où la communauté se réduirait à celle du sol et des instruments de production et dans laquelle les produits seraient répartis proportionnellement au travail, ainsi que cela se fait actuellement pour les sociétés coopératives de production, dont un grand nombre fonctionnent depuis de longues années au grand avantage de leurs membres, qui ne se trouvent nullement atteints dans leur liberté, bien au contraire. En fait la communauté dans le travail existe déjà dans l'industrie et l'agriculture; est-ce q1fils ne travaillent pas en commun, tous ces ouvriers des manufactures, usines, ateliers, 29

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