La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

418 LA REVUE SOCIALISTE chasse, etc., ou bien ils réduiront la main d'œuvre employée, éte11dront les pâturages, pour simplifier l'administration de lenrs biens. Et le résultat de tout cela, ce sera: diminution du travail pour la classe pauvre, baisse de la main d'œuvre, misère croissante et dépopulation. A moins que le prolétariat ne trouve des ressources dans l'industrie et le commerce d'exportation, ainsi que le cas se présente notamment en Angleterre, en Belgique, en France et en Allemagne. Mais l'industrie étant ellemême concentrée en un petit nombre de mains, présentera les mèmes vices que l'exploitation agricole. Richesse excessive, chez les chefs d'industrie, subordination et pauvreté chez les ouvriers, état social précaire, haine des classes, mépris chez les grands, envie chez les petits. L'injustice est d'autant plus grande que la richesse est inégalement répartie. D'ailleurs en admettant une <'.·galerépartition à l'origine, elle ne se maintiendrait pas dans la suite des temps; la richesse s'accumulerait de plus en plus dans un petit nombre de familles qui constitueraient une aristocratie, tandis que les autres resteraient dans le prC1létariat. Dans ces conditions, la liberté est un leurre, aussi bien que l'égalité politique. L·appropriation individuelle du sol, n'est pas forcément inhérente à l'humanité; on a vu des nations vivre d'après d·autres principes, n'accorder par exemple à l'individu que la possession provisoire, la simple jouissance d'uu champ pendant un temps plus ou moins long ; mais ces usages ont disparu et le peu qui en reste tend à s'effacer comme un vestige d'antique barbarie. Plusieurs causes peuvent être invoquées à cet égard; d'abord clans ces c~nditions la propriété est généralement mal entreto-- nue. nul ue veut y faire de grandes dépenses comme celles que nécessiteraient des plantations. des constructions rurales ; les instruments de 0ultnre resteront grossiers et primitifs, on n·entrepreodra pas de travaux pour l'amélioration des terres ; en un mot l'exploitation sera défectueuse et le résultat médiocre. D'ailleurs la possession provisoire exigerait un partage p('.•riodiquedes terres, opération délicate prêtant à l'arbitraire et diffidle à faire (-quitablement; puis pour qu'il y ait égalité il fau<lrait que tous les citoyens d'une même cité, fussent laboureurs, ce qui en pratique est inadmissible, d'autant plus impossible que la civilisation est plus avancée et le travail plus divisé. Voilà. assez de raisons pour justifier l'abandon de ce mode de jouissance.

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