La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

DE LA JUSTICE DANS L'ORDRE ÉCONOMIQUE 447 extérieur, il a besoin de tout ce que produit la nature, soit spon_ tanément soit <i, l'aide du travail. L'industrïe transforme les objets naturels et les approprie à nos besoins; elle en fait des objets échangeables susceptibles d'entrer dans le commerce. Mais la matière première provient toujours du sol et celui qui possède domine forcément celui qui en est dépourvu, surtout dans les temps primitifs et dans les sociétés où l'industrie et le commerce extérieur sont peu développés. La production agricole étant organisée sur la base de la propriété individuelle, l'industrie suivra les mèmes errements. Il faut bien reconnaître qu'il n'en pouvait être autrement et qu'à l'origine de la civilisation, la propriété individuelle était le seul moyen de développer la production. Aujourd'hui encore, -0'est un problème de savoir si une nation pourrait vivre en dehors de ce régime; mais quand les premières sociétés se sont fondées, l'indivision aurait arrêté tout essor de l'agriculture, elle eût été un retour à la barbarie préhistorique, en réduisant les hommes à vivre de chasse et de pêche. L'établissement de la propriété, coïncidant avec les premières connaissances agricoles et les premières lois, a dû procurer aux populations une aisanct" et un bien-être inconnus jusque-là. C'est sans doute cet heureux temps que. les poètes ont caractérisé sous le nom de l'âge d'or, dont tant d'auteurs font mention, qu'il est difficile de le considérer simplement eomme une image poétique. Aujourd'hui avec les progrès de l'agriculture, de l'industrie et des arts, la propriété privée est devenue un obstacle à la civilisation et à la justice. Je n'insisterai pas sur ce point qui a été é,tabli déjà par un grand nombre d'écrivains et sur lequel tous les socialistes sont d'accord depuis Fourier jusqu'à Proudhon et Karl Marx. C'est pour ainsi dire la vérité fondamentale du socialism~. J'examinerai seulement la question au point de vue purement agricole. Si le rnl est très morcelé, l'agriculture ne peut utiliser les ressources que les sciences et l'industrie mettent à sa disposition ; elle reste routinière et pauvre. Si la propriété est répartie par grands domaines, le plus grand nombre de citoyens, sera réduit au prolétariat et n'aura qu·une existence précaire. Les grands propriétaires, se tr0uvant plus riches qu'il ne serait nécessaire pour vivre largement, seront enclins à négliger les cultures, à transformer une certaine partie de leurs domaines en propriétés de luxe, jardins d'agrément, parcs d~

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