La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

DIVERSITÉ DES TENDANCES DANS LE )1OUVE)1ENT SOCIALISTE 43 petits employeurs, par cette modicité de salaire. un moyen de réaliser des bénéfices qu'affai bli1·ont les restrictions de la loi. Pour peu que les lois protectrices s'accentuent, tous ces petits capitalistes n'auront plus intérèt à poursuivre leurs affaires et. devront, malgré tout, se résigner à grüs:....irl'armée des non possesseurs. Ce sera autant de recrues pour le socialisme. A mesure qu'on obtiendra des réformes portant de plus en plus atteinte aux intérèts du capital et protégeant de moins en moins fictivement le travail, le nombre des capitalistes pouvant trouver leur compte à faire travailler les prolétaires, ira en diminuant. Il arrivera un moment où les profits ne seront plus. possibles que pour un petit nombre de capitalistes très importants, disposant des ressources les plus considérables. L'industrie privée se trouvera ainsi, comme par la marche qu'indiqueMarx, centralisée en quelquels mains. De cette propriété privée de quelques jouisseùrs, à sa transformation pour cause d'utilitépublique, en propriété collective, le passage ne sera pas long. On voit donc que l'application de réformes, conduit comme résultat final, au collectivisme, tout autant que la théorieMarxiste du développement de la misère de plus eu plus grandede l'ouvrier, seulement les réformes y conduisent plus sûrement, en ce sens que par cette voie, la classe ouvrière, n'aura pas à faire d'une façon subite, son apprentissage du pouvoir; elle y sera parvenue peu à peu. Pour hâter le résultat, il sera n~cessaire que parallèlement à l'accomplissement des réformes protectrices, une partie de l'industrie privée soit transformée, comme il l'a été dit, en service public. C'est surtout nécessaire pour les industries basées sur un important fond immobilier, capable de tenter,en quelque sorte de la façon dont la terre tente le paysan, tout un corps de métier, à revendiquer la propriétéparticulière des industries. Par les services publics, les ouvriers s'habitueront à considédérer la propriété des moyens de production, terre ou capital, comme une attribution purement sociale. La masse ouvrière se disperserait moins facilement en divisions particularistes, tandis. que l'union des prolétaires serait de plus en plus scellée par un besoin commun de réformes sans cesse grandissantes. La collectivité en un mot, deviendrait une aspiration de plus en plus. marquée. De son côté en entrant dans la voie des réformes et des services publics, la société capitaliste minerait elle-même sa base. Tous les matériaux peu à peu enlevés à son édifice, accroitraient la puissance de la classe ouvrière, en même temps que de grandes misères se trouveraient secourues. Et si, au terme de ce-

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