La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

42 LA REVUE SOCIALISTE à en empêcher les effets. Si la société bourgeoise résiste, elle sera renversée; si elle fait des concessions, personne ne peut prétendre que les réformes qu'on lui imposera, s'arrêteront à tel ou tel point, à tel ou tel autre. Les circonstances seules, la forme capitaliste particulière à chaque pays, les forces spéciales des élémentR sociaux en présence, etc., peuvent rendre la possibilité des réformes plus on moins grande; mai~ une fois qu'un mouvement de réformes a pris, dans la société,une direction fortement accentuée, une foule de circonstances se présentent comme par enchantement, pour l'aider dans sa marche. Ainsi donc, suivant les contrées, suivant les évènements, le système réformiste du directeur de la Revue Socialiste, peut parfaitement êtrè adopté plus ou moins complètement, sans que le principe en soit altéré. Dès maintenant les socialistes réformistes ont raison de demander des réformes, quoiqu'ils n'en obtiennent qne de bien médiocres. Sans leurs revendications continuelles, on ne possèderait même pas les petites lois récentes sur la protection du travail. Si ces lois n'ont, par elles-mE'>mesa, ucune influence sur la situation des travailleurs, elles n'en consacrent pas moins un principe pouvant devenir fertile en conséquence: c'est queîa classe ouvrière possède des droits à faire reconnaître par la loi. Déjà les gouvernements bourgeois, en acceptant l'invitation de Guillaume II, à la conférence de Berlin, avaient ouvert une carrière légale aux revendications des prolétaires. Et il est à remarquer que les lois ouvrières qui suivirent, allant à l'encontre du principe libertaire de l'aide-toi ont commencé à faire battre en brèche, par la bourgeoisie elle-même, le système économique, sous lequel elle s'était développée et avait atteint son apogée. Une société qu'on oblige à des concessions n'à déjà plus toute sa force; celle qui en outre se traite contrairement à sa nature, affaiblit grandement son pouvoir de résistance ; sans doute d'autres concessions suivront. Aussi tout en s'élevant ouvertement contre l'insuffisance des concessions bourgeoises, le parti socialiste ne doit-il pas les regarder au fond, d'un mauvais œil: elles ont trop de rapport avec le loup introduit dans la bergerie. Même les minimes lois de protection ouvrière qu'on est en passe de promulguer dans plusieurs Etats, pour limiter le travail des femmes et des enfants, lèsent les intérêts de plus d'un capitaliste. Et, en effet, bien des petits industriels ou commerçants ne fasaient leurs affaires qu'en ayant recours à des salaires qui peuvent s'appeler salaires de faiblesse, c'est-à-dire qui s'appliquent à des femmes ou à des enfant. Les femmes et les enfants fournissant dans certaines besognes, autant de travail que les hommes, quoique à des prix bien moindres, donnaient à leurs

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