LA LIMITATION DES HEURES DE TRA ,AIL EN BELGIQUE 441 est toujours fixée d'autorité, sans qu'il soit possible de tenir compte des cas particuliers et des volontés individuelles. La seule question est de sa~oir s'il vaut mieux que cette fixation dépende de l'action collective des ouvriers, de l'intervention de la loi ou de la seule app1·éciation du chef d'entreprise. Or, indépendamment des considérations d'ordre moral et hygiénique qui militent en faveur de la réglementation, lorsque l'action collective des ouvriers est insuffisante, nous avons une autre raison pour nous prononce1· dans ce sens: c'est que, dans notre pensée, le chef d'industrie exerce une véritable fonction publique, dont ses profits sont les émoluments. Ses richesses, sociales dans leur source, doivent être sociales dans leur emploi; il n'en peut abuser pour imposer aux prolétaires des conditions de travail inacceptables, et, par conséquent, la collectivité peut_ et doit intervenir pour réglementer les industries qu'elle ne juge pas encore opportun de socialiser. 2° 1.l1aximum,d'heures de travail et minùnum de salaire. L'expérience faite en Suisse et en Angleterre permet d'affirmer qu'il est complètement inexact que toute réduction des heures de travail implique nécessairement une diminution de salaires, ce qui obligerait par conséquent, à compléter la réforme en assignant un minimum à ceux-ci. Les rapports des inspecteurs de fabrique et les témoignages des enquêtes industrielles, minutieusement analysés et commentés, par M. Raoul Jay, pour la Suisse, et par Miss Victorine Jeans pour l'Angleterre (1) permettent de considérer les résultats suivants; 1 ° La réduction légale des heures de travail, même dans une proportion assez forte, n'entraîne ordinairement pas de diminution dans l'effet utile des ouvriers. 2° Dans le cas où il y a diminution dans l'effet utile, la contrainte légale exerce une action compensatrice en provoquant l'amélioration des moteurs et et le perfectionnement de l'outillage. Le travail mécanique supplée au travail normal, les dépenses de chauffage et d'éclairage diminuent, et neutralisent la charge résultant de l'usure plus rapide du matériel ou de l'introduction des nouveaux procédés techniques. 3° Dans un certain nombre d'industries, qui ne subissent que peu ou point l'action de la concurrence étrangère, des réductions beaucoup plus fortes de la journée de travail deviennent possibles, alors même qu'elles entraîneraient une diminution de la production, pourvu que les ouvriers soient assez bien organisés • (l) Revue d'Economie politique, 1891 ; pages 817 et suiv. - ll-<92,pages 138 et suiv.
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